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H. Sée, Louis XI et les villes, p. 178 et suiv

2. Voyez les considérants des lettres patentes qui modifîent les constitutions urbaines. Nevers, A. M., AA. 2 (mai 1512)... « a cause des grosses mutineries, monopoles, sédicions du menu peuple... et que icelluy commun populaire cslit celluy de qui il est pryé sans savoir ne enquérir qui est le plus propre -. Nous avons déjà noté le mépris des légistes pour la foule (liv. 1. chap. i, S 3).

ment les alliés de la bourgeoisie contre les grands, mais contre la plèbe, et c'est dans leur intérêt autant que dans l'intérêt des çiches qu'ils excluent peu à peu celle-ci du gouvernement.

Ils ont fait plus encore. Ils ont contribué à l'appauvrir. Des causes qui agissent sur la condition des classes, une des plus puissantes est la Qscalité. Or, flscalité monarchique et fiscalité municipale ne sont rien moins que favorables au prolétariat.

Réduction des tailles, maintien et élévation progressive des aides, telle avait été la politique financière de la royauté. Mais ces mesures qui dégrevaient le revenu ne profitèrent qu'à une partie de la nation. Comme la plupart des villes étaient exemptes de la taille, les campagnes seules eurent le bénéfice des réformes. Comme la taille frappait l'argent ou le sol, l'impôt s'allégea surtout pour ceux qui possédaient.

La masse des salariés, au contraire, continue à supporter les aides et gabelles, à payer ces droits infiniment variés : huitièmes, douzièmes, quatorziènuîs, vingtièmes, qui frappent les blés, les vins, le bétail, les étoffes, les peaux, le sel. Bien plus, dès la seconde moitié du w" siècle, au fardeau de l'impôt public s'ajoute, sous la même forme, le poids de l'impôt municipal. A leur tour, les villes ont vu grandir leurs dépenses. Travaux d'embellissement, d'assainissement, de défense, réparations, entretien des gens de guerre, rachat du guet, emprunts forcés à payer au roi, toutes ces charges nouvelles provoquent des mises nouvelles. De 1460 à 1515, les budgets municipaux ont doublé, mais presque toujours c'est à l'aide, à l'octroi, payé par tous, d'une perception facile, que les villes demandent ces ressources. A Lyon, en 1490, les recettes de la ville se composent des produits des fermes sur la boucherie, la draperie, la « revenderie », le vin. Pour répondre aux exigences du roi, la ville s impose en 1489, 1490, 1492, 1496, 1500, 1503, sous la forme d'une taille, mais elle renonce au système.

Elle trouve ces collectes inefficaces à cause du grand nombre

d'exempts, nobles, gens d'Eglise, officiers royaux. En 1504, elle hausse les droits « de rêve )); en 1506, elle réclame un (( tréhu » ou droit d'entrée et d'issue sur la plupart des denrées alimentaires. A la suite des protestations du petit peuple exaspéré, elle revient au système des tailles pour faire, en 1516, une nouvelle tentative en faveur des octrois *. Rien ne montre mieux la politique fiscale de la bourgeoisie : or, ce système, léger pour elle, onéreux aux petits, elle l'applique dans toutes les villes. A Paris, en 1500, en 1505, Louis XII concède, outre les impôts déjà établis, des surtaxes sur le bétail, le poisson de mer, les vins^. En 1516, pour payer une aide au roi, la ville songe en plus à frapper l'entrée des vins de nouveaux droits. A Châtcauroux, Charles VIII a accordé une .taxe de 2 s. 6 d. sur chaque pipe de vin, un droit d'issue de 4 d. sur le charbon, la guesde, la garance, les draps blancs, le sctier de blé, un droit d'entrée sur les bois, porcs, chevaux, bœufs, agneaux, draps, chaumes, ballots de laine, oignons, échalotes^ etc.'. A Chalon, en 1492, c'est une taxe sur le transit des denrées alimentaires. A Mâcon, les nobles, bourgeois et praticiens, maîtres des Etats, ont fait plus encore : ils ont converti les aides en gabelles, c'est-à-dire affranchi toutes les denrées de luxe et surchargé le sel dont le populaire fait le plus grand emploi *. Dijon trouve ses plus gros revenus dans ses octrois, qui lui valent 1 200 livres environ jusqu'en 1505, de 1 500 à 1 800 livres après 1508. La ferme de la cloison rapporte à Angers de 2000 à 2 500 livres ; l'appétisse-

i. A. M., Lyon, BB. 19, T' 58 et suiv. La ville a pris la ferme de la plupart des aides en 4487. Tailles levées sur les habitants, td., r* 188, 2G1.BB. 24, f«25. — ce. 105,106, 108, 110,238. — BB. 24, f 463 v« (1506). — BB. 34, r 168 (17 mars 1516).

2. Bonnardot, Registres des délibérations^ p. 13, 112, 113. A. M., Rouen, A. 11 (9 juin 1516) : - qui seroit la totalle destruction des marchans de ce pais ».

3. Chàteauroux (B. N., fr. 5085. f 82 v"). Prolongation par Louis XIL

4. Chalon. A. M., CC. 18 (10 févr. 1492). —A. N., Zt« 35, f 284. Màcon.

ment du vin, de 6 000 à 8000 livres à Orléans '. En 1508, Rouen se fait prolonger ses aides sur le sel, les aluns et les harengs. Amiens maintient ses finances par les taxes perçues sur les laines, vins, cervoises, etc. En 1503, Téchevinage refuse d'abolir les droits sur les cuirs; en 1504, il établit un tarif élevé sur l'entrée des draps, taffetas, camelots, velours, satins étrangers '. Bref, le système est général. L'impôt sur l'entrée, l'issue, la vente des marchandises devient le principe de la fiscalité municipale comme de la fiscalité publique.

Il est facile d'en percevoir les résultats, la répercussion indéfinie sur les classes pauvres. La taille prélevait, à époques inégales, quelques deniers sur le salaire. L'aide frappe, par son jeu régulier et continu, tout ce qui sert à la vie matérielle de l'artisan : son pain, sa viande salée, son vin, la futaine ou la serge qu'il porte, le bonnet dont il se coiffe, les souliers dont il se chausse. A cet impôt sournois, dissimulé, incorporé dans le produit qu'il taxe, nulle exception possible. Toute aggravation, au contraire, se traduit par une augmentation de prix. A Bourges, en 1503, le roi ayant accordé à la ville un nouveau droit d'entrée sur les blés, celui-ci monte de 11 francs à 16 et 17 francs le boisseau. Une émeute populaire éclate. L'hôtel de ville est envahi par une foule furieuse qui réclame l'abolition des droits; les échevins sont forcés de se soumettre. A Gannat, en 1505, les habitants s'opposent à la levée du soucquet (droit sur les vins) '. A Lyon, en 1506, un des effets immédiats de l'octroi

1. Dijon. Comptes des octrois, A. M., M. 334-337. — Angers. Id., BB, il ; en «499, 2 500 l. (fo M>). — BB. 13, en 1503, 2 000 1. (r 68). — BB. 15; en 1512, 2100 l. (f 175 v"). — BB. 17; en 1519,2 300 1. (M34).— Orléans, A. M., Comptes des recettes. CC. 566; en 1512-1513, Fappetissement vaut 6 282 1. 3 s. 9 den., t. — CC. 567; en 1515, 8 367 1. 2 s. 6 den.

2. Rouen. A. M., A. 10 (28 janv. 1508). — Amiens. BB. 20, f* 15 (6 sept. 1503). Id.y ihid., r 57 (3 sept. 1504).

3. A. N., Zt* 33, r* 167 et suiv. : • Et estoit le commun bruyt que la rareté et charte des blez venans de dehors procedoit de la grande imposicion qui estoit sur chacune charretée de blé ». Id., ibid,^ f 73 (18 janv. 1505).

est une majoration du prix des vivres « par les hostes et autres revendeurs ». Le peuple menace le conseil et l'octroi est supprimée En Bourgogne, par suite de la gabelle, des droits accordés aux villes, le prix du sel a triplé. La charge qui vaut à Salins 26 s. 8 d. t., coûte à Dijon 73 s. 1 d. t., à Beaune 77 s., en 1510; 77 s. 1 d. t. et 4 livres 1 s. 10 d. t., en 1516. Le prix intrinsèque du sel étant resté le même et les frais de charroi n'étant que de 10 s., toute la différence entre dans les caisses de TEtat ou des villes ^. A Toulouse, en 1519, le fermier de l'équivalent ayant voulu hausser les droits sur les lards, les viandes salées et les vins, la fouie proteste. Tout est hors de prix : viandes et vins sont déjà taxés chez le boucher et le tavernier; le bas peuple est si pauvre que si on veut mettre sus une imposition nouvelle, il préfère quitter la ville ^. Somme toute, dans ces villes privilégiées, officiellement exemptes de la taille, l'existence est moins facile qu'ailleurs. L'impôt guette l'ouvrier sous toutes les formes, sur le taudis qu'il habite, le salaire qu'il gagne et surtout les denrées qu'il consomme. Evidemment, il est surchargé, et la première, la plus grave conséquence de ce système flscal est le renchérissement de la vie.

U eût semblé cependant que l'extension de la culture, le développement de la production et du commerce eussent dû provoquer une baisse générale des denrées premières, blés, vins, viande, étoffes, bois, etc ^ Mais cette fiscalité oppressive non moins que la mauvaise organisation des marchés, les entraves mises à la liberté des échanges, le désordre moné-

i. A. M., Lyon, BB. 25, T 42 (30 juil. 1506). — fd., r» 64 V, 65, 69, 72 (oct.-nov. 150G). Le 13 nov. le tréhu est supprimé.

2. H. D., Côte-d'Or, B. 11181 ter, f 11 v» à 70 (1510-1516). Le droit seul de gabelle est de 32 s.

3. A. M., Toulouse, AÂ. 13. Registre des délibérations, n* 18 (mai 1515).

4. D'Avenel, Histoire économique de la propriété, etc. (1200-1800), t. i, p. 15. Cf., pour l'Orléanais, Mantellier, Mém» sur la valeur des prineipales denrées et marchandises (Société archéol., Mémoires, t. Y, 1862). On a pu remarquer que, de 1490 à 1515, la moyenne des prix du blé

taire, les accaparements, la guerre, avec ses conséquences économiques; celle de Naples, en 1503> qui ruine le commerce du Languedoc; celle de la Sainte-Ligue, en 1510, qui nous isole du monde, poussent à un renchérissement que ni la prospérité générale ni les édits ne réussissent à enrayer. Aussi bien, dès la fin du règne de Charles VIII, puis en 1499, en 1506, en 1515, les plaintes sont générales ^ L'énergie avec laquelle les populations réclament un maximum prouve Télévation continuelle des prix, — et ce ne sont pas seulement les denrées de luxe, le sucre, la cannelle, le poivre, les épices, mais les objets de première consommation, la viande, Thuilc, le bois, les harengs, les draps, tout ce qui fait le fonds de la vie journalière. Contre ces variations, le cultivateur, le marchand, le petit patron sont armés. L'un vit sur sa terre; les

est inférieure à ce qu'elle était de 1465 à 1490. Ce qui est certain, c'est que, dans cette période de prospérité, jamais l'instabilité des prix ne fut plus grande. 11 suffit d'une mauvaise récolte, d'une interdiction de traite, d'accaparements, pour provoquer des écarts brusques et de soudaines oscillations. A Amiens, de 1485 à 1500, le blé a valu en moyenne de 4 à 5 s. le scticr; en 1497, il est même tombé à 3 s. En 1501, il s'élève à 6 s.; en 1503, à 13 s. : la ville comme les villages voisins manquent de pain. Mêmes phénomènes à Lyon et dans la région lyonnaise de 1500 à 1510. Trois mauvaises récoltes en 1500, 1505, 1507, provoquent une hausse rapide : la municipalité doit faire venir des blés des régions voisines et les distribuer au peuple. On trouverait ailleurs des faits semblables. En réalité, de 1500 à 1504, lo blé semble plus cher qu'au xv* siècle; s'il baisse de nouveau de 1504 à 1510, ces prix s'élèvent à la fin du règne de Louis Xll pour ne plus décroître sous François I*'.

1. Cf. Mantellier, ouv. cit. Le porc oscille de 1 1. 2 s. à 1 1. 5 s. de 1482 à 1514; en 15U, il vaut 1 1. 10 s. et, en 1517, 21. Le minotde sel vaut 1 1. a à 1 1. C s. avant Charles VIII; 1 1. 11 s. en 1500, 1 1. 12 s. en 1517; l'huile de noix, 1 à 2 s. de 1473 à 1514, 2 à 5 s. la mesure après 1514. Quant au baril de harengs, dès 1520 il a doublé. — Mêmes hausses sur les bois à Paris, à Rouen, à Dijon, en 150i, en 1506, en iol2. Les droits sur les aluns, en 1509, font hausser les étolTes. La suppression des pêcheries seigneuriales dans les rivières fait également monter le prix du poisson. Cf. A. D., Gironde. B. 30, f* 26. Le parlement de Bordeaux ayant ordonné la suppression de toutes les pêcheries de la Dordogne, « le poysson qui ne souUoit couster que troys solz en couste six et sept • (i déc. 1513).

autres ont leurs avances ou leur crédit. L'ouvrier des villes, lui, n'a que son salaire. Or, tandis que tout progresse, la rente du sol comme le prix de la vie, le salaire seul reste immobile.

— Voilà un autre fait; aucun ne contribue davantage à la séparation des classes, à Tappauvrissement du petit peuple, à l'extension du prolétariat.

Nous pouvons, par l'examen d'un certain nombre de comptes, nous faire quelque idée des salaires de 1489 à 1513.

— Voici, par exemple, dans les campagnes, ceux de Saint- Germain. L'abbaye a deux catégories d'ouvriers, ceux qu'elle emploie à Tannée, ceux qui travaillent à la journée. Le salaire des premiers monte à 55 sous, 100 sous, 8 et 9 livres; celui des seconds est variable. En 1488-1489, les coupeurs employés aux vendanges gagnent 12 d. t., l'homme de peine a de 20 à 22 d. t. ; le manœuvre ordinaire, 2 s. 6 d. ; un charpentier, 3 s. 9d. ; le maçon, 3 s. 9d. ; son ouvrier, 2s. 1 d . t. Le salaire des femmes est encore moins élevé, de 12 à 18 d. t. Ces chiffres se maintiennent en 1509, 1513, 1514. Seuls les salaires du charpentier, des maîtres et de l'ouvrier maçon ont une légère augmentation. Vers 1495, ceux-ci sont de 5 s. t. ou de 3 s. t., prix qui seront encore payés vingt ans plus tard *. — Nous retrouvons ces prix dans la plupart des villes. Dans un grand nombre de métiers, les artisans étaient employés à l'année : certaines corporations, les stamiers, les serruriers, réglaient, au contraire, le travail à la tache. Très souvent aussi, l'ouvrier est loué à la journée, à la semaine, au mois. Le salaire variait suivant ces conditions*. Annuel, il est de 60 à

1. Comptes de Sainl-Gcrmain. A. N., LL. 1113, r 137 (1492). W., 1114, r* 125, 131 (1495-1496). Id., iOGC. Saint-Germain-souS'Montereau (1509), f 277 v^ /r/., LL. 1063. Dampmartin (1517-1518), T- 211-214. Le salaire à l'année des ouvriers agricoles est, pour un charretier, de 200 s., de 30 s. pour un jeune vacher, de 30 à 55 s. pour ud porcher (LL. 1063, f 211, 212). Un manouvrier à Tannée a 9 1. ; un charron, 6 1. 4 s. 6 den. (id., V 216).

2. Un cerlain nombre de statuts corporatifs préToient ce salaire annuel de 100 s. t. pour stipuler le paiement des droits de confrérie.

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100 sous, en moyenne (il dépasse même ce dernier chiffre), avec les dépens, logement et nourriture. Journalier, il ne diffère pas du salaire des ouvriers agricoles et, comme lui, il reste stable. A Paris, un ouvrier tisserand gagne, en 1493, de â à 3 sous par jour pendant l'hiver, de la Saint-Remi (1" oct.) à la Purification (2 fév.), et de 3 à 4 s. par jour pendant Tété. Mais Paris est déjà hors pair; les prix paraissent élevés et les patrons songent à les réduire. Ailleurs, ils sont inférieurs*. A Orléans, en 1514, la journée d'un charpentier ou d'un maître maçon est payée de 3 s. 9 d. à 4 sous; celle du manœuvre 2 s. 6 d. Ces prix sont également ceux de Nevers, d'Amiens, en 1313, où la ville taxe les charpentiers travaillant pour la ville à 4 sous par jour, a attendu que les autres maistres ouvriers ne gaigncnt non plus »'. A Rouen, ce dernier prix est celui du charpentier et du maçon : en 1481, 1492, 1^)07, lîi09, 1513, un manœuvre ne gagne pas plus de 2 s. 6 d. par jour'. En fait, dans toute la Normandie, les salaires de cette profession n*ont pas varié jusqu'en 1520. En Bourgogne, mêmes prix à Auxerre. Ain^Jî, dans cette période qui s'étend de la mort de Louis XI à 1319) il ne semble pas que les prix de la main-d'œuvre se soient élevés. Ils présentent une uniformité assez grande et ne varient pas plus d'une année à l'autre que d'une région à l'autre, dans les campagnes que dans les villes. En dehors

Ailleurs le minimum du salaire annuel est de 60 s. (Chartres, Couturiers, Â. N., JJ, 225. n** 165). — A Bordeaux, les stamiers sont payés à la tAche : 15 s. t. par douzaine de pots, 7 s. 5 d. t. par douzaine de plats, 3 s. 9 d. t. par douzaine d'écuelles. Ils doivent sur ce salaire payer au maître chaque semaine 10 s. t. • pour la despense » (mars 1487). Â. N., JJ. 217, n" 59. — Exemple de salaire mensuel. Levasseur, ouv, cU,,^ t. I, p. 689, Auxerre (liSl). Il est de 8 s. 10 d. obé t. atec les dépens^

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