A. N., JJ. 220, n
des valets, des apprentis. Mais de plus, dans les villes comme dans les bourgs, le clergé établit des confréries paroissiales, ouvertes aux clercs, aux pauvres, aux artisans ^ Ces associations ont toutes un caractère commun. Elles sont d'abord et avant tout des associations spirituelles. Elles assurent à leurs membres un rang spécial dans l'église, une chapelle, un prêtre, une fête annuelle, et à leur mort, la gratuité des frais funéraires, une messe avec « note m et des prières perpétuelles. Elles sont aussi un lien de fraternité : tous les ans, elles réunissent leurs membres dans un banquet annuel. Elles sont encore un foyer de consolation et d'espérance. Dans une société si profondément sensible à Tidée de la mort, du jugement, de la peine, elles rétablissent entre riches et pauvres l'égalité devant la prière et le souvenir. Cela seul était un bien social. Quelques-unes cependant ont, en outre, un rôle économique. Elles sont déjà des œuvres d'assistance ou de mutualité. Nous avons mentionné ces institutions dans quelques confréries corporatives. A Tours, chez les merciers-gantiers, le valet qui tombe malade reçoit une indemnité de secours de 20 deniers à 2 s. 6 d. par semaine. Nous trouvons des dispositions semblables dans les statuts des tailleurs de Lyon, des cordonniers de Lyon (1490) et ceux du Mans (1491). A Angers, les charpentiers assurent aux forains sans travail unea réfection » et uneindemnité de2 sous (1487) '. Nous trouvons également ce caractère d'assistance dans des
1. Les créations de ces confréries sont assez nombreuses dans le dernier tiers du xv* s. et les premières années du xvi*. Voir, par exemple, en Normandie : A. D., Seine-Inférieure, G. 5239, fondation de la confrérie Saint-Nicolas à Fécamp (1464). /d., i6t(/., 8194. Confrérie de la Charité Notre-Dame à Eu (7 mai 1494). /cf., ibid., 8102. Déville (1511). /cf., ibid.j 85il. Confrérie Saint-Jean-Baptiste à Saint-Jean-du-Cardonnay (1511).
2. Tours. A. N., JJ. 222, n» 302. — Lyon. Tailleurs. Id., 220, n» 374. Cordonniers. M., iftw/., n** 375. — Le Mans. Cordonniers. JJ. 222, n" 115. Angers. Id., 217, n" 180. A Bordeaux, le compagnon chaussetier reçoit, en cas de maladie, 35 s. L, mais il doit restituer quand il est rélabli. Cf. A. D., Gironde. B. 30, f* 87; sept. 1511.
confréries paroissiales. Beaucoup ont un but charitable et assurent des aumônes à leurs membres nécessiteux. A Fécamp, la confrérie Saint-Nicolas donne aux confrères une indemnité pour se faire absoudre, pour se rendre en pèlerinage, pour se racheter de prison et, en cas d'incendie, pour faire reconstruire ou réparer leur maison \ On juge parées exemples des services variés que pouvaient rendre les confréries dans la lutte sans cesse renouvelée du pauvre contre le chômage, l'accident ou la misère.
Mais ces innovations bienfaisantes étaient encore trop peu répandues pour donner au prolétariat urbain des garanties matérielles. Elles ébauchent plutôt qu'elles ne créent un droit supérieur; elles émoussent Tacuité de la misère, sans pouvoir toujours la prévenir ou la supprimer. A leur tour, les pouvoirs publics, surtout les pouvoirs municipaux, allaient chercher un remède efficace dans une organisation meilleure de Tassistance. L'histoire sociale de ce temps nous montre les efforts qu'ils firent pour secourir la classe pauvre et venir en aide à ses besoins.
Aux invalides de la vie ou du travail, femmes, enfants, vieillards, incapables de gagner leur vie, il a fallu d'abord assurer un asile. Dans ce but, depuis le xm® siècle surtout, outre les ladreries, léproseries, maisons de filles repenties, le nombre des « hospices » s'est multiplié. Œuvre simultanée de l'Eglise, des villes, des particuliers, ces hôtels-Dieu couvrent la France. La plupart sont des maisons mixtes, ouvertes à la fois à la souffrance et à la misère, hôpitaux et asiles où on soigne les malades, où on recueille les indigents, « tout ceulx qui n'ont de quoy vivre comme les forains passans pays » *. Administrées par un recteur ou un maître, desservies par des religieux ou des religieuses, Trinitaires, frères de Saint-Lazare, sœurs grises du Tiers-Ordre, ces
\. A. D., Seine-Inférieure, G. 5239.
2. A. D., Seine-Inférieure, G. 7899. LeU. de Louis XI pour Thôpital Saint-Vivien (juin 1461).
maisons se trouvaient sous le contrôle commun du clergé local et de Téchevinage. A la fin du Moyen âge, une réforme était nécessaire, car Tinstitution était en décadence. Beaucoup tombaient en ruines, trop petites, mal aménagées pour recevoir les pauvres ou les malades. D'autres, pillées pendant les guerres, n'avaient que des ressources insuffisantes et un personnel incapable ou immoral. Il était beaucoup plus urgent de réformer ces hospices que d'en étendre le nombre. Ce fut le système qu'on appliqua dans la plupart des villes ; le patrimoine charitable fut reconstitué par des donations, des quêtes, le produit des pardons ou indulgences. Une série de mesures rétablirent l'ordre intérieur et restaurèrent ou agrandirent les bâtiments. A Paris, à la suite d'enquêtes, de procédures, de conflits entre le chapitre et la ville, THôtel-Dieu est réformé en 1505. Les pauvres valides et simples mendiants sont expulsés; des sœurs nouvelles sont introduites et un contrôle sévère est établi sur les ressources et les dépenses*. En province, une foule de ces hospices sont améliorés ou reconstruits de 1480 à 1520. A Amiens, en 1481, une décision de l'échevinage a affecté à rhospitalisation des hommes la maison Saint- Liénard, celle de Saint-Nicolas « aux pauvres femmes et enfants quand ils yront logier ». Cette dernière est agrandie en 1491*. En Bourgogne, Thôpital de Beaune est réparé en 1500 aux frais du roi; celui de Dijon est reconstruit en 1502. L'hôpital de Nantes est refait de 1503 à 1511 ; celui de Melun, réformé en 1508 (on y sépare les hommes des femmes); celui de Meaux, reconstitué en 1518 par des commissaires royaux '. Ce même mouvement se constate aussi
1. Sur la réforme de THâtel-Dicu, les renseignements les plus complets se trouvent dans les délil)érations du chapitre de Paris. A. N., LL. 426-129. La question est agitée de 1497 à 1505. Le 28 déc. 1504, le chapitre fait un statut de réforme (/</., LL. 129, f»* 137-138).