‹ Les origines de la réformeChapitre 27 sur 198 · A. M., Grenoble, BB. 3 (10 fév · texte numérisé non relu

A. M., Grenoble, BB. 3 (10 fév

quêtes extérieures qu'à la condition de ne pas y prendre part. 11 fallait un autre système, qui répondit mieux aux exigences permanentes de la guerre et aux secrets désirs de la royauté. Ce fut celui des mercenaires. On chercha d'abord par le système des engagements individuels à les lever dans le pays. On enrôla cette population flottante : bâtards, ruffians, laquais, tous ceux qui vivent hors de la société ou à ses dépens. Pour ces révoltés la guerre est une industrie naturelle; il n'est qu'à se servir de ces forces anarchiques et meurtrières. Aventuriers gascons, normands, picards, furent organisés en bandes. En 1494, en 1499, Charies VIII et Louis XII les conduisent en Italie. En 1503, 3 000 de ces soudards sont envoyés à l'armée de Naples et 6000 Gascons prennent part à Texpédition de Salces, en Roussillon*. En ce sens, l'opération est bonne. Elle purge le pays et enrichit Tarmée. Encadrés dans des compagnies, commandés par des capitaines, entraînés par la vie d'aventure et l'espoir du pillage, ils se battent bien. Mais leur nombre était insuffisant et leur recrutement incertain. Il fallut s'adresser aux étrangers. Le premier, Louis XI comprit les avantages de ce système. En 1480, il avait traité avec les Ligues suisses et pris à sa solde 6000 hommes^. Licenciés en 1484 à la suite du vœu des Etats, les mercenaires revinrent à notre service en 1486, puis

1. Ces aventuriers sont mentionnés fréquemment dans les armées qui font la guerre en Italie. En 1499, d*aprës Jean d'Auton, Tarmée de Louis XII comprend des bandes de Normands, Picards et Gascons (Jean d'Auton, ChroniqueSy 1, 14). En 1501, dans l'armée de Naples, il y a 7 000 mercenaires normands, picards, gascons et suisses (Id., t. Il, p. 13). En 1503, Tarmée de Roussillon comprend G 000 Gascons (/</., t. III, p. 192) ; Tarmée de secours que Louis XII prépare pour Gaëte, 3 000 Gascons {ld,j t. III, p. 199). — En 1507, Louis XII fait embaucher 10 000 aventuriers (/rf., t. IV, p. 337).

2. Commynes (éd. de Mandrot, t. II, p. 23). Le nombre des contingents suisses accordés à Louis XI fut de 6 000. Ils furent envoyés seulement le 9 août 1480. La pension des Suisses monte à la fin du xv" s. à 41 860 livres tournois (B. N., Fr. 25718, n" 33; 1" mai 1499). Ce chiffre des contingents s'accroît sous Charles VIII. Il est de 25 000 en 1495 {Uit. mus, de Charles VIII, t, IV, p. 289 : Le roi au duc de Bourbon).

en 1487. Dès cette époque, les bandes restèrent à notre solde; elles forment le noyau le plus solide de notre infanterie jusqu'au moment où leur défection obligea Louis XII à se tourner vers TÂUemagne. Maximilien avait organisé les lansquenets. Le roi en prit, dès 1509, quelques compagnies à son service. En 1513, 18 470 de ces mercenaires défendent la Picardie et la Navarre; en 1515, 20000 prennent part à la bataille de Ma^ignan^ La réconciliation de François P' et des Cantons, en nov. 1516, nous ramena les Suisses; les lansquenets furent licenciés. Mais, quatre ans plus tard, le roi s'adressa de nouveau à l'Allemagne, et lansquenets et Suisses combattirent ensemble au service de la France. Ils formèrent alors la plus grosse partie du contingent.

Gens d'armes, aventuriers, mercenaires allemands ou suisses, cette armée d'origine, de nationalité diverses, est une armée monarchique. Elle n'a d'autre unité que son commandement, elle n'obéit qu'à un maître et ne sert qu'un homme. Par elle, toute la force militaire est entre les mains du roi. Répartie en temps de paix sur tout le territoire, échelonnée dans les 300 places fortes, villes closes ou châteaux qui sur les frontières et dans l'intérieur du pays sont toujours debout, aveuglément soumise à des capitaines nommés par le souverain et soldée par lui, elle tient en respect tout le pays et assure à la fois l'ordre et l'obéissance. Mais nul engin n'est plus sûr aussi pour l'attaque et pour la défense. Ces masses d'hommes entraînées, disciplinées, presque toujours fidèles, ont tenu la fortune de la France. Ce sont les armées qui nous ont valu Fornoue, Ravenne et Marignan. Par elles, la puissance militaire de notre pays a pu faire face à l'Europe coalisée, puis à la monarchie universelle. En 1494, les ambassadeurs florentins avouaient que la France avait la plus belle

1. Barillon, Journal, t. I, p. 68 : 3 000 hommes d'armes d'ordonnances, • vingl rail lansquenelz et dix mil hommes de pied françois ». — Les chiffres des commissions des tailles (B. N., Fr. 25720, n** 25) sont plus élevés.

armée et la meilleure artillerie du monde. Vers la môme époque, elle commençait aussi à être une puissance navale * ; en 1501, ses flottes paraissent dans le Levant. — Quand un pouvoir met en jeu de pareilles forces, il impose la crainte à ses sujets comme à ses ennemis. Une fois de plus, l'intérêt national s'est confondu avec l'intérêt royal et les armées qui se battent pour la couronne défendent du même coup contre l'Espagne, l'Angleterre et l'Autriche, la grandeur et l'indépendance de la patrie.

A la volonté directrice il faut enfin des organes de transmission. Maître de l'impôt, de la justice, de l'armée, le roi doit encore disposer des offices et leur conquête achève la formation du pouvoir absolu.

Tout l'effort de la société féodale avait été d'assurer la stabilité des fonctions; mais elle n'avait pu les concevoir autrement que la puissance publique elle-même, comme une propriété. Elle leur avait appliqué toutes les formes de l'acquisition : l'achat, le bail à ferme, le prêt, la concession à titre héréditaire ou viager. Elle leur avait attaché tous les droits de la possession : la faculté pour le titulaire d'exploiter son office comme un domaine, d'en disposer comme d'un patrimoine. A mesure que se précisait l'idée de l'État, cette notion comme ces usages tendaient à disparaître. Le caractère public commençait à percer sous l'office. Une même tendance s'était révélée alors dans la nation, celle d'assurer aux agents de la puissance royale les garanties efficaces qu'elle réclamait pour elle-même. Au système féodal, les Etats de Tours opposent le système électif. Ils avaient demandé au roi qu'il lui plût

1. Desjardins, Négoc. diplom, de la France avec la Toscane^ Vespucci et Piero Capponi à P. de Médicis (8 juin 1494). — J. d'Auton, Chroniques, II, p. 45.

de supprimer la vénalité des charges, la ferme des offices de judîcature; ils lui demandèrent également de « pourveoir par ellection.,, à tous les ofûciers royaulx de son royaulme, Daulphiné et pays adjacens ^.. ». La plupart des Etats provinciaux s'associèrent à ces vœux'. Ils pensaient ainsi établir cette indépendance des fonctions inséparable des libertés publiques. — Système féodal et système électif étaient incompatibles avec l'absolutisme. Il importe en effet que les agents de la puissance publique soient dans les mains du roi, qu'il les institue, les nomme ou les révoque. 11 importe que partout ceux-ci sentent au-dessus d'eux une direction, qu'ils soient salariés pour être dépendants, dépendants pour être utiles. Dans l'armée administrative qui, comme la force militaire, soutient le régime nouveau, il ne peut y avoir qu'un chef qui commande et une masse qui obéit.

La première règle que la royauté voulut faire prévaloir, fut que toute fonction fût un office et tout office un don du souverain '. Nulle part cette idée ne trouvait mieux son application que dans les nombreuses charges de judicature ou de

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