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vilité sont un des moyens de parvenir, et, l'œil fixé sur le maître, c'est un regard qu'il cherche pour se lancer. Quémandeurs de place, subalternes à l'affût d'avancement, amis ou parents qui guettent une survivance, tous s'adressent au roi comme au distributeur suprême. Ils l'assiègent, ils r c( importunent m, essayant d'arracher à leur profit la lettre de don, même rédigée pour un autre. Contre ces assauts, le roi a peine à se défendre * ; car il sait que l'officier qu'il nomme est un fidèle qu'il s'attache.
Tel est l'instrument docile et souple qui servira le pouvoir absolu. Nul n'a plus de ressort, poussé par toutes les forces qui mènent à l'action, le dévouement, le pouvoir ou l'orgueil. Nul n'a plus de prises sur les vies collectives comme sur les vies individuelles. Sous ses traits encore imparfaits s'annonce l'engin redoutable qui fera mouvoir l'Etat moderne. 11 naît avec la nation, grandit avec le monarque. A la fin du xv*" siècle, il commence à opérer sur le plan, avec l'esprit des légistes, et dans ce champ de conquêtes, qui est la France.
Voyons-en la structure. — Au centre, auprès du roi, les organes directeurs. Conseil, Grand conseil, 8 maîtres des requêtes; gravitant autour d'eux, dans Tordre administratif et judiciaire, 10 gouverneurs provinciaux, 7 parlements, 88 sénéchaussées , bailliages ou petits gouvernements, 108 sièges particuliers, près de 600 châtellenies ou prévôtés, plus de 200 vigueries, vicomtes, bailîes, sergen taries, jugeries, petits bailliages ; — dans l'ordre financier : 4 chambres des comptes, 3 cours de généraux de la justice des aides, 4 généralités, 79 élections, 8 recettes générales, plus de 100 recettes
1. Le roi donne assez souvent le même office à deux personnes. De là de très nombreux procès.
particulières, 172 greniers à sel avec leurs dépendances, une chambre des monnaies et 28 ateliers monétaires; — en plus, les juridictions d'exception, prévôté de l'hôtel, tables de marbre de Paris et de Rouen, grande maîtrise des eaux et forêts; — environ quatre à cinq mille officiers de tout ordre, gouverneurs, lieutenants généraux, membres des cours souveraines, baillis, sénéchaux, lieutenants, conseillers, procureurs et avocats du roi, généraux de finances, trésoriers, élus, receveurs, contrôleurs, grenetiers, et, en y ajoutant le petit personnel, commis, sergents, huissiers, gruyers, au moins dix à douze mille agents, salariés par le roi, sauf exception, nommés par lui, voilà, à la fin du xv'' siècle, l'armée d'occupation mobilisée pour la conquête*. Aucun pays d'Europe n*en présente une aussi nombreuse et aussi compacte *. Nulle part ne se voit pareil exemple de discipline et de cohésion. Recrutée dans toute la France par des règles identiques, elle est homogène'. C'est que, sous le désordre apparent de ses cadres et de ses effectifs, on peut distinguer le progrès de la formation interne : une division plus nette du travail, une subordination plus complète des parties les unes aux autres, et à un centre commun.
A mesure, en effet, que le régime monarchique se développe, ses organes se précisent. Administration et justice, d'une part, finances, de l'autre, tels sont depuis le xiv siècle, les deux grands corps civils du royaume. A la fin du xv" siècle, leurs frontières sont indécises. Le Parlement prétend connaître de toutes les causes relatives aux comptes et à l'impôt; dans chaque bailliage, le procureur du roi intervient à
4. Pour le détail, cf. Dupont-Perrier, ouv. cit. Append. I et 11, et les cartes insérées dans le volume. Nous ne comprenons pas la Bretagne dans cette énumération. — Bien entendu, tous ces chiffres ne peuvent avoir qu*un caractère très approximatif.
2. Dès Louis XI, le nombre des fonctionnaires tend à s'accroître. Sous François I", les créations d'offices se multiplient.
3. En i503, Louis XU applique à la Provence les règles relatives à la perpétuité des offices.
Tauditoire de l'élu. Entre les cours souveraines, la justice (( ordinaire » et la justice financière, les conflits sont permanents *. — Le pouvoir centraient conscience de ces désordres. Déjà, Louis XI comme Charles VIII avaient cherché à y remédier; Louis XII déclara vouloir y mettre fin*. L'ordonnance du 24 juin 1500 affermit la justice financière. Dans chaque élection, le collège des élus, dans chaque grenier à sel, le grenetier et le contrôleur jugèrent en première instance les causes relatives aux aides, tailles, gabelles. L'appel fut porté aux généraux de la justice des aides à Paris, Rouen, Montpellier, proclamés « corps et cours souverains, jugeant en dernier ressort ». A son tour, par l'ordonnance du 20 mars 1501, la Chambre des comptes de Paris fut émancipée de la tutelle du Parlement. Ses arrêts ne purent être frappés de revision que devant une commission mixte composée de maîtres des comptes et de quatre parlementaires ^ En 1504, des lettres patentes appliquèrent ces règles aux maîtres rationaux de Provence. En 1513, la Cour des aides de Montpellier vit confirmer sa juridiction contre les prétentions du parlement de Toulouse*. En même temps, cette séparation de pouvoirs s'étendait aux offices inférieurs.
1. X»" 1504, f 28 V". Conflit entre le Parlement et la Chambre des comptes (26 janv. 1498). Le Parlement refuse à la Chambre le titre de cour souveraine. — X*' 9322 : Procès de gabelle porté devant les généraux des aides et le Parlement (21 nov. 1491). — L'intervention des procureurs ou avocats du roi à la justice ordinaire dans les afTaires financières est constante. Voir, par exemple, à Montdidier et à Meaux (Z»- 39, r 7 \% 15 oct. 1512. /</., f° 88, 19 janv. 1513). —Ailleurs c'est le lieutenant du bailli qui prétend connaître des fermes (Z^* 41, t* 19, 24 nov. 1514), ou des Uilles (Id., 39, f» 255, 18 juin 1513).
2. X*' 9322, n« 19. Le roi au Parlement(l" juill. 1500) : - Nous ne souffrirons point qu'il y ait débat et division entre noz juges, cours et juridicions ».