‹ Les origines de la réformeChapitre 36 sur 198 · Id.y ibid., p · texte numérisé non relu

Id.y ibid., p

3. Jacqueton, Documents relatifs à l'administration financière en France de Charles VII à François /". Paris, Picard, 1891. App. III., p. 289.

l'absolutisme. 85

ment reçut le droit de juger en appel toutes les sentences des généraux. La Chambre de Paris vit étendre sa juridiction à la Provence, en 1504, et, en 1506, le général du Languedoc lui fut soumis ^

De même que l'administration, la comptabilité publique reçut des règles plus précises. La Chambre des comptes vit grandir peu à peu ses attributions. Elles cessèrent d'être domaniales; elles s'étendirent à tous les deniers publics, comme elles s'exercèrent sur la plus grande partie de la France. Par Tordonnance du 24 novembre 1511, Louis XII soumit à son contrôle tous les comptables, aussi bien ceux du domaine que ceux des tailles, aides, gabelles, receveurs des deniers extraordinaires des villes, trésoriers des guerres, caissiers spéciaux de Thôtel. La même année, par les lettres patentes de décembre, le roi régla son travail intérieur. Pour hâter Tépuration des comptes, les sections anciennes de la Chambre furent supprimées ; elle-même fut divisée en deux bureaux ; un ordre fut établi pour l'audition et l'examen ; le nombre des membres, comme leurs gages, furent augmentés. On établit ainsi l'unité dans la comptabilité publique. Seule la Provence garda avec ses maîtres rationaux une complète autonomie^.

Administratifs, judiciaires, financiers, tous ces services venaient enfin aboutir au gouvernement central. Cet organe de la pensée et du mouvement, fut le Conseil. Composé par le roi, choisi parmi les grands seigneurs, les évoques, les grands officiers de la couronne, les membres des cours sou-

1. X»* 4838, f» 264 V (6 juin 1497). Le Parlement s'oppose à l'entérinement des lettres de don du général des monnaies en Languedoc. Ce dernier doit se soumettre en i506. — Provence. Lett. pat. du 17 août 1504. A. D., Bouches-du-Rhône, B. 3319 bis, f 131.

2. A. N., Mémoriaux, P. 2303, f* 501 : Les comptables seront tenus d'obéir sous peine de conûscation de biens et de privation d'office. — s&mbert, XI, p. 614, 617. Les gens des comptes étaient primitivement répartis en sept chambres : France, Languedoc, Trésor, Normandie, Champagne, Monnaies, Anjou (Mémoriaux, P. 2301, p. 1037).

veraines, il est le cerveau de la France monarchique. C'est là que s'élaborent tous les projets, que se décident toutes les affaires : chiffre des impôts et des dépenses, effectifs de l'armée, rédaction des ordonnances ou des édits, négociations ou traités, dons des offices ou bénéfices, aliénations du domaine, rémissions et grâces, privilèges, concessions de péages ou marchés, lettres de naturalité, de légitimation, de noblesse, — bref, tout le gouvernement, toute l'administration, toute la vie politique et civile de la France*.

Dans cette assemblée, aux frontières un peu indécises, à la composition toujours flottante, nous ne trouvons pas encore les cadres intérieurs, les sections permanentes et fixes, qui sous les derniers Valois y diviseront le travail. Ils s'annoncent cependant vers la fin du xv" siècle. Charles VIII a détaché la section judiciaire. Il a formé un conseil secret qui s'occupe spécialement de la diplomatie et des affaires politiques. Louis XII suit cette tradition et, sous son règne, le cardinal d'Âmboise, l'évêque d'Albi, le seigneur de la TremoïUe, du Bouchage, Gié, jusqu'à sa disgrâce, gouvernent la France. A leurs côtés, « messieurs des finances )) forment eux-mêmes un groupe distinct : le collège des quatre trésoriers et des quatre généraux. Le roi eut enfin dans son chancelier, ses secrétaires, ses maîtres des requêtes, d'admirables agents d'exécution. C'est par eux qu'il transmit ses ordres aux officiers ou aux cours souveraines et fit plus d'une fois exécuter ses volontés ^.

A la veille de la Réforme, l'absolutisme est constitué. 11 a ses principes et ses organes, ses moyens comme sa méthode

1. Bernier, Procès-verbaux des séances du conseil de régence sous Charles VIU (Doc. inéd., 1836).

2. Le rôle des maîtres des requêtes, comme agents du pouvoir ceotral, est prépondérant. La plupart des commissions extraordinaires leur sont conGées.

l'absolutisme. 87

d*action. Sous le désordre apparent de la structure politique, il est l'unité. Dans cet assemblage de groupes, de forces et de droits qu'est encore la France, il est plus que le premier des dynamismes qui la dirigent, il est le seul. Comme les nerfs dans le corps humain, il s'est ramiOé dans toutes les parties du corps social. Lui-même reçoit les impulsions du dehors comme il élabore, transmet, projette les impulsions du dedans. Telle est son intensité de vie que toute force détachée du centre ne peut plus se suffire à elle même : comme un membre coupé, elle se convulsé et meurt'.

Plaçons-le en face des deux puissances qui avant lui, en dehors de lui. avaient organisé la France : l'Église et la Féodalité. 11 opère sur eux comme un conquérant. Son triomphe marque leur défaite. Eux-mêmes ne se font place dans TEtat qu*en entrant dans la sujétion.

i. Les contemporains, comme Canossa ou Seyssel, ont bien vu cette force de l'administration française. Ils lui attribuent la stabilité du gouvernement.

Page 1