‹ Les origines de la réformeChapitre 6 sur 198 · PRÉFACE. IX · texte numérisé non relu

PRÉFACE. IX

cette analyse préliminaire ne sera pas inutile. Il faut renoncer a cette idée qu'une révolution religieuse porte uniquement ses causes en elle-même. Presque toujours, ces grandes secousses morales sont. précédées de changements sociaux. Tel fut le sort du bouddhisme dans rinde, de Tislani en Arabie. Le christianisme, en tant que fait historique, n'a pas échappé à cette loi : il n'a paru qu'à l'heure où s'achevait l'unité romaine, où se préparait la dispersion du peuple juif. En serait-il autrement de la Réforme? Et n'est-il pas évident que les griefs invoqués contre le catholicisme en sont une explication insu fusante? La tyrannie pontificale?.. Mais jamais elle n'avait pesé aussi légèrement sur le régime intérieur des Etats ou des Eglises. Le grand péril pour l'unité chrétienne n'était plus l'excès de la centralisation, mais la naissance du principe national. En tout cas, ce sont les pays où l'ingérence de Rome était la plus active, Italie, Espagne, France, qui sont restés catholiques : ce sont ceux où elle était la moins fréquente, Angleterre, Allemagne du Nord, Scandinavie, qui se sont brusquement détachés. — Les abus du clergé?.. Mais à d'autres époques ils n'avaient pas été moins criants, ni les réformes moins nécessaires. Les peuples cependant étaient restés fidèles : le grand schisme avait affaibli le respect, sans détruire l'obéissance. La révolution intellectuelle elle-même inaugurée par la Renaissance prétendait changer les méthodes de la théologie, non les dogmes de la religion. Au xvi' siècle, absolutisme papal, relâchement des mœurs, humanisme, n'auraient pas réussi à faire une révolution, si d'autres causes n'avaient rendu un changement inévitable. Ces causes tiennent moins à l'état de la religion qu'à l'état de la société.

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