X PREFACE
C'est que le catholicisme n'avait pas créé seulement une doctrine, mais une organisation. Or, ù lu fm du XV" siècle, celle-ci est en décadence. Rien ne resvsemhle aussi peu à l'Europe religieuse et féodale des croisades que l'Europe monarchique et utilitaire de Louis XI et de Maximilien. Deux faits la dominent. Le premier est d'ordre politique : le triomphe des consciences nationales et l'avènement des grands Etats; le second, d'ordre économique : l'expansion comme la transformation de la richesse. D'une part, le rêve unitaire du Moyen âge se déplace. L'unité ne se conçoit plus dans l'ensemble, mais dans les parties, dans la chrétienté, mais dans chaque peuple. D'autre part, l'organisation économique se modifie. Elle cesse d'être uniquement l'exploitation de la terre et des hommes pour reposer sur l'industrie, les échanges, la force productive de l'argent. Commencée ail xui* siècle, cette double évolution s'achève alors: elle émancipe les deux puissances nouvelles, bientôt maîtresses de toutes les autres : monarchies et capitalisme. Aucunes n'ont contribué à changer davantage la structure, les besoins, l'esprit des peuples européens.
Ces changements constituent la France moderne. Sous l'empreinte antérieure qu'elle garde, percent déjà les traits nouveaux, distinctifs qui se maintiendront jusqu'à nos jours. La souveraineté illimitée du « prince » incarnée alors dans le monarque, — le rôle prépondérant des deux grandes forces modernes : les fonctions et l'argent, — la suprématie de la classe qui les détient : la bourgeoisie, — tous ces faits politiques ou sociaux ont formé « l'ancien régime ». Ils n'ont pas disparu avec lui : nous les retrouvons tout près de nous ; la Révolution française n'a réussi qu'à les grandir en détruisant les barrières qui jusque-là