M., ibid., M 296, 358, 371, 390, 399 v
3. Les donations royales aux églises sont très considérables sous Louii XI, surtout dans la dernière partie du règne. Cr. liv» II, chap. i.
toutes sortes de faveurs : droits de franc -fief ou titres de noblesse, chaperon et robe mi-partie aux consuls etéchevins, octrois de deniers, ou remises d'impôt aux habitants. De ce chef, les villes ont leur part de la sportule publique. En 1502, sur la recette générale de Bourgogne, le maire de Dijon est inscrit pour 100 livres, son fils pour 140, les maires de Bcaune, d'Auxonne, les échevins de Dijon, pour 30 livres; le roi accorde en outre 80 l. aux habitants de Beaune, 300 livres à ceux de Dijon pour les réparations et embellissements de leur ville. En 1303, en Picardie, Louis XII remet à Doullens 130 livres sur les aides, 230 livres sur la taille, 133 livres sur le quatrième du vin ; aux habitants de Corbie 130 livres sur les aides, à ceux de Péronne 373 livres sur la taille et 701 livres sur les autres impositions, 600 livres à ceux de Mon treuil, 800 livres à ceux d'Abbeville, 1200 livres à ceux de Boulogne, 872 I.IO s. à ceux de Saint-Quentin, etc.; au total, 33331. 10 s., que le gouvernement central donne aux villes de la Somme, sans compter les subventions aux compagnies locales, arbalétriers, couleuvriniers, maîtres et compagnons du jeu de Tare, les secours et aumônes qui font pénétrer jusqu'aux dernières couches de la classe populaire les libéralités du souverain*. — Ces libéralités royales se répandent partout.
On comprend que, conquis et charmés, les divers ordres du royaume n'hésitent plus à se soumettre. Pour perpétuer cette sujétion, le roi n*a plus qu'à grouper autour de lui l'élite de leurs représentants, tous ces chefs sociaux de l'ancienne France, qui, jusque-là, ont été les gouverneurs vrais et naturels de la nation.
L'institution de la Cour acheva cette œuvre de fusion et de dépendance. Charles VII et Louis XI avaient vécu simplement, presque en bourgeois, entourés de leurs officiers, de
1. R. N., Fr. 2^26, f"' 11 et s., Id., 2930, f- 107. En 150.*), le roi dégrève 400 paroisses de rélcction d'Évreux (B. N., Fr. 20109, ii« 057).
l'absolutisme.
leurs gardes, de quelques serviteurs. Avec Charles VllI et Anne de Bretagne, s'étend l'éclat extérieur de la royauté. En 1315, tout un monde déjà gravite autour du prince comme jadis la hiérarchie savante de la Rome impériale. Le grand maître, les six chambellans, les douze maîtres d'hôtel ordinaires, les sept panetiers, le grand échanson et les sept échansons, les sept valets tranchants, les dix écuyers d*écurie et les écuycrs de cuisine, la chapelle, avec le grand aumônier, le confesseur, les six chapelains et l'organiste, les quatorze médecins, les barbiers, chirurgiens, apothicaires, l'astrologue, huit enfants d'honneur, vingt-trois valets de chambre, douze sommeliers de la chambre et de la garde robe, les huissiers de la salle ou de la chambre, portiers, tabourins; enfin toute la valetaille inférieure de Técurie ou des cuisines (barilliers, potagers, sauciers, pâtissiers, queux, etc.), et à côté de cet ordre domestique, la maison militaire, les deux cents gentilshommes de rhôtel, les deux compagnies des archers de la garde, les cent Suisses, les archers de M. de la Châtre; bref, plus d'un millier de personnes attachées au roi, sans compter les maisons particulières de la reine, de Madame, mère du roi, de sa fille, de Renée de France; voilà l'organisme nouveau que l'absolutisme crée à son usage, qui grandit avec lui, qui le sert et dont il se sert *. En 1485, les divers services de l'hôtel ne coûtent que 200000 livres. En 1518, le budget destiné aux dépenses du roi dépasse un million. Il prélève plus d'un cinquième des recettes générales de la France*.
Instituée pour protéger et embellir le trône, la cour contribue à l'affermir. Elle devient sous François I"' une hiérarchie et une carrière. Elle fut, en tout cas, la séduction suprême
1. B. N., Fr. 21)20, f- 31 (! 498). — A. N., Comptes de l'hôtel, KK. 87 (i 498- 1409). — KK. 98(1323). En li98. le personnel de la cour, non compris les gardes et compagnies des cent gentilshommes, monte à 304 officiers et serviteurs et à une dépense de 81 080 1. 13 s. t. Kn 1523, le personnel s'élève à 304, et les dépenses à 131 783 1. 3 s. 4 d.
2. B. N., Fr. 4323 : Uclcvé établi sous Henri 11, depuis 1485.
qui désarme les résistances et captive les dévouements. Centre des faveurs, foyer des intrigues, elle réunit tous les éléments actifs de la société nouvelle, hommes d'Eglise, nobles, parvenus opulents, grands dignitaires, écrivains, tous ceux qui font vivre le régime nouveau ou qui en vivent, élite de la naissance, des fonctions, de la fortune. Ainsi s'achève la transformation monarchique de la société. Dans ce décor dont le roi occupe le centre, tous les ordres de TEtat ont pris place. Séparés les uns des autres par leurs privilèges, rattachés au prince par leur sujétion, se contenant eux-mêmes par leurs rivalités, ils ne sont plus que les témoins, les figurants de la pièce colossale où le roi aspire à jouer le premier rôle. Assurément, de ces formes brillantes, créées par le passé, la vie comme la liberté n'ont pas encore disparu. L'histoire ne change rien en un jourl Mais leur existence est dépendante, leur éclat même est emprunté et, tenant tout du prince, ils ne seront bientôt plus que les satellites de l'astre qui leur prête sa lumière et les réchauffe de ses rayons.