‹ Les origines de la réformeChapitre 9 sur 198 · MI PRÉFACE · texte numérisé non relu

MI PRÉFACE

et les détours inJéfinis, percevoir Tensemble et saisir les détails, discerner sous les causes générales et lointaines, les causes locales et rapprochées, dégaj^^er les raisons des prétextes, les réalités des apparences, la vie des formules, en un mot, être critique et histori«'n. il n'est pas d*eiTort plus ardu ; il n*en est pas aussi de plus nécessaire. Hien n'est simple en histoire. Nous mettons trop souvent dans les choses cette lojrique qui est dans notre pensée. Si le but final de la science est de ramener à quelques lois la complexité des faits, son opération première est, précisément, de retrouver dans K»s faits cette complexité même. Certes! Il serait aisé d'expliquer nos luttes relijrieuses par quelques grandes idées : l'antagonisme de deux races ou de deux esprits, le choc du génie ancien et du génie moderne, du dogmatisme et de la raison individuelle. Ces hypothèses ont été faites : pour quelques-uns, elles ont encore possession d'état. Elles ne sauraient, sans discussion, s'imposer à la recherche. Qu'importe qu'elles plaisent à notre esprit, si elles ne satisfont point à la vérité.

Quelle que soit la conclusion de ces études, l'auteur les îiborde donc avec une liberté entière. Il n'entend pas y chercher la démonstration d'une théorie, encore moins en faire une apologie ou une polémique. 1-a science n\i pas à souffler sur des passions mal refroidies, ni à ranimer des haines non encore éteintes. Elle n'a «{u'une devise, celle d'un de ses plus grands serviteurs : a Je chorchc ». Je n'en connais pas de plus belle, et, dans nos temps troublés, de plus humaine. I^ probité ! . . . Cette qualité maîtresse ne dépend pas toujours de nous. Nos jugements peuvent s'égarer a la suite de nos srntiments. Mais il est en notre pouvoir de nous contrôler nous-

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mêmes, de nous reviser sans cesse, d'apporter à Texamen des idées ou des choses ce tact, cette mesure, ce sérieux qui sont une des formes de la justice. Nos excursions dans le passé ressemblent à nos promenades d'automne. Pauvres petites feuilles que nous foulons du pied! Elles ont été vie et mouvement; elles ont eu leurs frissons et leurs colères, quand elles s'entrechoquaient au souffle de la tempête. Inclinons-nous vers elles, avec cette sympathie émue pour tout ce qui s'en va. — L'historien doit avoir l'intelligence assez large, sinon pour tout absoudre, du moins pour tout comprendre de cette humanité qui s'agite sous le regard de Dieu.

Ghanaux, 8 septembre 1904.

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