‹ Les origines de la réformeChapitre 91 sur 198 · Spont, Semhlançay, p · texte numérisé non relu

Spont, Semhlançay, p

2. Du Mont., ouv. cit. y t. 111*, p. 397. — Dès 1498, le Grand conseil slalue sur toutes les réclamations faites par les sujets du roi d^Esjtagne. — Les requêtes sont nombreuses (Cf. A. N., V* 1042, 8 nov. 1498, 2aoûtl499, 19 juin 1500, 5 août 1501, etc.). Par son arrêt du 19 juin 1500, le Grand conseil refuse de délivrer des lettres de marque à un marchand français contre un capitaine espagnol, jusqu'au règlement du conflit par les commissaire<« du mi et les ambassadeurs du roi d'Espagne.

entre l'Espagne et nous, multipliait les conflits. Les violences entre marchands des deux pays continuèrent à sévir*.

Si diverses que fussent ces conventions, on ne saurait méconnaître leur influence. Par elles s'établit entre les grands Etats européens un système des échanges. Assurément, les accords ne sont ni perpétuels, ni toujours efficaces. Les souverains sont impuissants à réprimer la course, la piraterie, les coups de main de quelque aventurier résolu. La guerre, en se réveillant, réveille les défiances et les défenses. En 1494, en 1500, Charles VIII, Louis XII expulsent les Italiens; en 1504, dans sa lutte contre l'Espagne, le roi autorise la course et délivre des lettres de marque. En 1510, la guerre générale va provoquer une prohibition générale. Mais Tidée même qu'entre les Etats, les rapports commerciaux comme les rapports politiques doivent être définis est un progrès. La plupart des clauses de ces traités, liberté commerciale, respect des neutres, limitation du droit de prise, juri diction maritime, sont les éléments d'un droit, (^elui-ci s'ébauche alors dans la conscience des peuples, sous la pression des intérêts, comme une forme nouvelle de la solidarité humaine. Et ses applications, môme imparfaites, vont seconder notre expansion nationale, en favorisant l'essor du commerce européen.

Dans la concurrence nouvelle des Etats pour la suprématie économique, la France est armée. Avec une vitalité remarquable, aux débuts du xvi® siècle, ellea étendu sa culture, son industrie, son commerce. Pour panser les plaies anciennes de la guerre de Cent ans et des guerres féodales, ranimer la confiance, provoquer les initiatives, il a suffi de quelques

I. Sur ces négociations, cf. A. N., V^ 1043, (0 avril 1507). L'ambassadeur du roi d*Aragon au Conseil. — Les droits étaient montés de 4 deniers à 10 sols par livre.

années de paix et d'un gouvernement réparateur. Les fautes mêmes de la politique, les épreuves de Tinvasion de 1512 et 1513, les expédients flnanciers n'ont pas entravé ces progrès. Partout, sur les rivières, sur les roules, le long des côtes, dans les marchés ou dans les ports, l'activité économique de la nation s'accroît. La France travaille, produit, échange, et cette expansion paciGque, parallèle à l'expansion militaire, lui permet d'aspirer au premier rôle dans le concert européen.

Elle exploite ses richesses naturelles, celles de sa culture. Elle est ce qu'elle a été, ce qu'elle sera toujours, la grande ouvrière du sol. Elle a ses blés de Normandie, de Beauce, de Picardie, d'Ile-de-France, des plaines du Languedoc et de la Bourgogne, ses bœufs normands, manceaux ou poitevins, ses poissons, harengs ou morues de l'Atlantique, aloses ou saumons de la Loire, ses fruits de Provence, ses confitures et ses pâtisseries, ses vins du Bordelais et de la Bourgogne, de l'Orléanais et du Midi, son pastel toulousain, le sel de la Saintonge ou de la Méditerranée. A ces productions du sol ajoutez celles de son travail : ses draps de Rouen, Tours, Bourges, Amiens, ses soieries de Lyon, les livres, l'orfèvrerie, l'ameublement, toutes ces industries qui ne contribuent pas seulement au bien-être, mais au luxe, et où elle imprime la marque indélébile de son élégance et de sa finesse. — De l'étranger, elle reçoit ce qu'elle ne produit pas elle-même. De Lucques, Bologne, Milan, les marchands italiens lui apportent les soies à filer, les « crespes », les rubans, les velours; de Venise, les verreries ; de la Toscane, les fers ; de Rome, l'alun et les livres*. Intermédiaires naturels entre notre pays et rOrient, ils nous procurent encore les pierres précieuses, les peaux, les étoffes de Damas, les tapis de Turquie. L'Espagne nous envoie ses vins d'Alicante, de Malvoisie et

1. Cf. notamment les listes des cargaisons saisies en 4499 (A. N., Grand conseil, Vs 1042; 13, 22 août 1499).

« autres gros vins de mers », des fers, des laines d'Aragon ou de Navarre, des figues ou des oranges *. Elle essaye d'introduire les draps de Roussillon et de faire concurrence aux draps français sur les marchés mêmes du Languedoc. Le Portugal, depuis les découvertes de Vasco de Gama, nous apporte les épices, le sucre, le poivre, le gingembre et la cannelle; l'Allemagne, ses métaux, ses peaux, ses fourrures, ses livres de Strasbourg ou de Bâle ; la Flandre, la Hollande leurs tissus ou leur pêche. Tous ces produits portés le long de la mer, par le cabotage, ou à Tintérieur, par nos grands fleuves, circulent jusqu'au cœur même du pays. Ils se concentrent dans les ports, dans les foires et de là parviennent entre toutes les mains. « Toutes gens, écrit Seyssel en 1515, se meslent de marchandise et pour un marchand que Ton trouvoit du temps dudit roy Louis XL.. Ton en trouve de ce règne plus de cinquante; et si en ha par les petites villes plus grand nombre qu'il n'en souloit avoir par les grosses et principales citez... et font à présent moings de difficulté d'aller à Rome, à Naples, à Londres et ailleurs delà la mer qu'ils n'en faisoient autrefois d'aller à Lyon ))^. Si l'étranger nous apporte ses richesses, à notre tour, en effet, nous lui portons les nôtres. Ce n'est pas seulement le marché intérieur qui s'accroît, c'est aussi notre expansion extérieure qui s'étend. La France aspire à sortir de ses frontières économiques. Elle exporte ses blés en Angleterre, en Ecosse, en Espagne, dans les ports de la Hanse; ses poissons et son sel en Hollande; ses draps en Espagne, en Sicile, à Naples; ses laines en Italie; ses vins en Allemagne ou en Angleterre ^ A leur tour, nos négociants vont essaimer leurs

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