IV. — VENUS IN CALAMIS jt
peine si, dans ce groupe d’idiomes, dont la plupart n’ont pas d’autres rapports communs entre eux, les mots ont été tirés de l’état de simples démonstratifs, qui paraît avoir été l’état originel de toutes les langues. Le chinois Kouwen est l'exemple le mieux caractérisé peut-être de tout le groupe; les mots y sont généralement, en effet, des déterminatifs de genre plutôt que des différences spécifiques, pour me servir du langage de l'Ecole, et ce n’est que par le ton et la position dans la phrase, signe incontestable de leur caractère .démonstratif, qu’ils arrivent à se spécialiser. À des langues de cette nature ne pouvait évidemment être appropriée qu’une écriture: symbolique. Les articulations, dans ces langues, n'ayant en elles-mêmes et par elles seules, indépendamment de l’accent et de la syntaxe, aucune individualité, il n’était possible de préciser la pensée qu’en la distinguant par un signe qui remplacât dans le discours écrit l’intonation ou le geste démonstratif du discours parlé. Ce signe remplit l'office de désagglutinant, en ce sens qu'il dégage la pensée de l’agglutination où elle se trouvait prise. Si des deux parties, symbolique et phonétique, dont se composent les caractères dérivés, dans la langue chinoise écrite, on ne prend que la partie phonétique ou réputée telle par pure convention, on a un mot qui ne dit à peu près rien, du tout. Inutile d'ajouter, après ce qui précède, que, dans des mots qui ne sont en particulier ni des substantifs, ni des qualificatifs, ni des verbes proprement dits, il ne saurait y avoir de distinction des genres, masculin et féminin: tout y est neutre sous ce rapport; c'est l'hétaïrisme de l’état social se reproduisant dans le langage. Cette distinction des genres, particulière aux langues à flexions, qui appartiennent aux périodes de développement subséquentes, n’a pu se faire que dans un milieu social non hétaïrique, quand le père a été posé.
Tout se lie donc dans la nature; tout y est solidaire. La
religion, le langage, l’état social paraissent d’abord se subordonner réciproquement et ne se dégagent ensuite que par degrés, en conséquence des relations et des échanges qui s’établissent entre peuples. D’un autre côté, le milieu physique à eu aussi sa grande part d'influence dans les premiers développements qui ont produit la religion, le langage et l’état social; et comme le dégagement de ce milieu ne s’est point effectué d’une manière brusque et n’a pu que suivre le mouvement des rapports qu’il a déterminés, peut-être n'est-il pas impossible de conjecturer quelque chose de très-probable sur les conditions du milieu originel en question. Nous avons dit que, pour le chthonisme, l’origine ne devait point en être recherchée dans le mileu aryen: la nature locale des hauts plateaux asiatiques ne se prêtait pas à ce genre de spéculation, et l'Histoire confirme que les Aryas, comme tels, y sont restés étrangers. |
Après avoir caractérisé comme nous venons de le faire sommairement le milieu moral touranien, qui, lui, au contraire, semble reproduire si exactement les conditions premières du symbolisme chthonien, nous devons dire pourquoi il nous a paru préférable de placer le berceau de cette spéculation entre le 20° et le 40° degrés de latitude nord, en Asie, quand cette zone n’était encore occupée ni par les Aryas ni par les Couchito-Sémites.
À notre avis, justifié, du reste, parles raisons que nous allons dire, le concept originel de la divine Mère doit être celui que les Grecs ont plus tard compris sous le nom d'Aphrodite dans les marais, Aphrodite dans les roseaux, "Agpodirn êv ëAer, ’Awpodirn v xxhduots. À ce même concept répondent une foule d’autres dénominations encore dans les mythologies. Plutarque, dans la vie de Thésée", raconte ce qui suit :