IV. — VENUS IN CALAMIS
quelquefois artificiels aussi, presque toujours sur le com mandement de quelque oracle ou sous la conduite d’une divinité, ne s'expliquent que par la donnée chthonienne. L'eau a été recherchée dans un grand nombre de ces constructions lacustres, non pas seulement pour les isoler et les mettre mieux à l’abri d’une attaque, mais parce que cet élément était considéré comme le lait de la Terre nourricière et qu'il passait pour une sorte de conficiant divin : il alimentait toutes choses dans la nature, les plantes et les arbres, dont il était la séve, les animaux, dontil était le sang. La Terre, comme le prouve son image de l’Artemision d'Ephèse, était lamère aux cent mamelles, mator mammifera: les marais de la surface figuraient ses organes sécréteurs, et les lacs, rivières et cours d’eau de toute espèce étaient les artères d’un sein maternel. A côté d’une « Vénus dans les marais >» ou » dans les roseaux », ’Awcodtrn év £ker, ‘Aopodirn ëv xahaoc, symbole de la promiscuité des genres dans l’épaisse et luxuriante végétation des fonds bas et des jungles, pour désigner la femelle qui produit tout de son sein, il y a «l’Artémis des lacs et des rivières », Artemis limnæa, Artemis potamia, Symbole de la mêre nourricière. La même Artémis figurait aussi sous le double aspect de femme et de nourrice, tout à la fois Vénus hétaire et vierge-mère; on cite, en effet, une Artémis « dans les marais », ‘Aotemus £lutæ, dont le sanctuaire, au sud de l’Elide, en Triphylie, était situé dans le marais même d’Alorium et desservi depuis son origine par des prêtres arcadiens?, ce qui le fait remonter à une époque tout à fait primitive. « Tout ce canton, du reste, où abondaïent les fonds bas et humides, était couvert, dit Strabon, de sanctuaires d’Artémis,
1. On connaît, entre autres, le fameux sanctuaire.de Limnæ, dédié à Artémis xuvata ou xuuvätu, sur les frontières de la Laconie et de la
Messénie, 2. Strabon, VIII, 25.
d'Aphrodité et des Nymphes, construits au milieu de bois: que l'humidité du sol maintenait toujours frais'. » Le dou ble culte d’Aphrodite et d’Artémis, de la divine courtisane et de la vierge, dans les mêmes lieux et par suite d’une double manière d'envisager les mêmes circonstances exté-rieures, est un fait caractéristique qui nous donnera un peu plus loin la clef d’un des mystères de l'Histoire jusqu'ici inexpliqués, celui des prostitutions sacrées jointes aux sacrifices virginaux : Mylitta et Astarté, Marthe.et Madeleine. 3
De toutes facons il ressort, çe nous semble, des faits: ainsiétablis, que l’idée de donner à la Terre,en conséquence de l'assimilation de la cause première à un principe de génération, c’est-à-dire. à,la femme d’abord, quand le mâle n’était pas encore posé, les attributs divins de la maternité universelle, ne peut avoir pris naissance que dans un milieu capable de contre-balancer par la richesse, le luxe et l’'exubérance de la végétation d’autres séductions moins. vives pour les sens, comme celles des régions supérieures pour les Aryas. Il faut que le Ciel, qui fut, avons-nous dit, le premier objet d’un eulte véritablement religieux, n'ait plus eu, dans le milieu dont. il s’agit, l'attrait qu’il a sur les hautes montagnes; que les espaces .célestes aient été. moins découverts, les aurores plus brusques, moins grandes: et moins sensibles, la royauté solaire plus tyrannique, l'atmosphère moins douce, les nuages à peu près absents ou plus-courts.et moins beaux, les.orages et les tempêtes plus typhoniens et plus destructeurs; que. les. puissances supérieures, en un mot, n'aient plus autant été les amies de l’homme ou aient beaucoup moins dit de belles-et bonnes choses à son imagination et à ses sens que le ravissant. terre-à-terre quile pressait de toutes parts. Dans ces con ditions, et avec la donnée de maraïis-et d'eau tenue pour