IV. — VENUS IN CALAMIS
tout à fait originelle, je serais. assez disposé à placer le berceau du chthonisme en Asie parmi les jungles épaisses ou au milieu des riches plaines de l'embouchure des fleuves, soit aux bouches de l’Indus, à celles du Gange, du Brahmapoutra, de l’Iravadi, du Mekhong ou de toute autre grande rivière de la même zone. Nous le trouvons, dans tous les cas, établi dès la plus haute antiquité entre le Tigre et l’'Euphrate, dans ces opulentes plaines inondées où la production était comme incessante, et c’est même de là que nous tirerons nos premiers enseignements.
À l’époque de la Genèse, ces dernières contrées étaient habitées par des peuples appelés Couschites, les Céphènes* des auteurs classiques. La Bible les donne comme fils de Cham, mais leur langue, qui était l’assyrien des inscriptions cunéiformes, les rattache à la même famille que celle … des Sémites. Il ne parait pas, du reste, que les traditions babyloniennes aient. jamais fait de distinction entre les enfants de Sem et ceux de Cousch, le fils de Cham, d’après cette même Bible’. Or, tout concourt à établir que ees peuples n'étaient eux-mêmes que des immigrés et que, avant eux, le pays avait déjà une population touranienne politiquement et religieusement constituée. La Bible, la première, le laïsse clairement entendre, en représentant les Couschites comme des conquérants envahisseurs. Nemrod, le fils ou personnification de la dénomination ethnique de Cousch, y est qualifié, en effet, de «puissant seigneur sur la terre» et de « puissant chasseur devant Dieu». Ce n’était donc pas un simple chef de colonie. Dans ces conditions, il n’a pu arriver dans le pays que par terre, à la suite d’une de ces grandes poussées de peuples qui, dansles
1. Gen. X, 6. — Oppert, Athenœum français, 81 oct. 1854; de Rougé, Revue ethnographique, 1869, p. 109-111; F. Lenormant, Manuel d'Histoire ancienne de l'Orient, 3e éd. t. Por. 122 et suiv., et Essai de Commentaire sur Fénace, passim.