‹ Les origines de la religionChapitre 119 sur 219 · IV. — VRNUS IN CALAMIS · texte numérisé non relu

IV. — VRNUS IN CALAMIS

lois dont les Chaldéens étaient les interprètes, ainsi que les formules magiques au moyen desquelles ils prétendaient exercer un pouvoir surnaturel ». En un mot,les Chaldéens étaient les dépositaires de la science et des traditions religieuses : magiciens et philosophes, astrologues et astro- nomes, charlatans et médecins, devins, sorciers, débitants de recettes, tout ce que seraient les chamans et autres façons de prêtres des peuples de nature, s'ils étaient jetés dans un milieu supérieur et qu’ils voulussent donner un peu de corps à leurs idées. Il est impossible de ne pas reconnaître, dans le tableau qui nous à été laissé de cette caste sacerdotale , la transition indiquée au chapitre III de eet ouvrage du magicien au prêtre proprement dit, ce qui, Joint aux autres circonstances mentionnées plus haut, donne à la caste en question une physionomie archaïque incontestable. Or, tout ce que les anciens nous ont raconté des Chaldéens, les inscriptions cunéiformes l’ont fait retrouver depuis dans les Accades. C'était donc la population pré-couschite, une race tatare ou touranienne. Ce que lon à pu jusqu'ici déchiffrer de leur idiome présente tous les caractères du groupe des langues qualifiées d’agglutinatives?. Aux Accades appartient l’idée ou du moins la première application, en Assyrie, de cette singulière écriture cunéiforme ou à têtes de clous, employée ultérieurement pour la transcription de plusieurs langues tout à fait étrangères les unes aux autres, mais qui n’était, dans le principe, qu'une écriture symbolique, comme l’étaient aussi toutes les écritures hiéroglyphiques originellement. Ce qui le prouve, c'est que tel signe, par exemple, qui, en assy= rien proprement dit, une langue couschito-sémitique, représente une syllabe, en d’autres termes, un simple phonétique, exprime, en accadien, non plus seulement une

Prérod ati t; Diod.; IF, 29; Strab,, XI 0; R. V. p. 139 de cet ouvrage.

syllabe, mais une idée *. Il est donc hors de doute qué le syllabisme, ici comme dans toutes lés écritures du même genre, dérive d’un état idéographico-hiéroglyphique antérieur, dont il n’est mêmé souvent que la transition entre un autre plus parfait, l'état alphabétique ; et comme les idées qu'ont dù nécessairement dès lors contenir les syllabes simples ne se retrouvent qu’en accadien, c'est évidemment à ce même accadien qu'il faut rattacher lintroduction de l'écriture cunéiforme. Quant à l’idiome en luimême, il est, disions-nous plus haut, dé ceux que l’on appelle agglutinatifs, et date, par conséquent, dans cette forme, d’une époque antérieure au développement des langues sémitiques et aryennes ou à la formation de l’état flexionnel du discours.

Le caractère si éminemment archéologique dé leur langue, de leurs traditions, dé leur histoire, tout concourt done à faire des Accades ou dés Soumirs la population pré-couschite de la contrée, où c’estavec raison qu’on les a identifiés avec les Chaldéens. Néânmoins, ils ne paraissent | pas y avoir été autochtones : la signification du nom d'Accade, qui veut diré « montagnard », indique évidemment une origine septentrionale. On pourrait objecter que V'Élam et la Susiane, qui étaient dés contrées accadiennes également, en même temps que des pays de montagne, suffiraient trés-bien pour expliquer ce nom, d'autant plus que le signe employé en assyrien , même à uné époque où toute trace d’accadisme avait disparu, pour désigner la Susiane et l’Élam, ne diffère pas du Signe déterminatif de Vidée de « monde » et « d’antiquité ». Il semble, en effet,

1. J, Oppert, Expédition en Mésopotamie; Zeitschrift der Morgenlaendischen Gesellschaft, XI, p. 137; Comptes rendus de la Société française de numismatique et d'archéologie, t. 1; Sir H. Rawlinson et M. Norris, Cuneiform Inscriptions of Western Asia, t. 11; Hincks; Sayce, On an accadian seal, dans le Journal of Philology, 1870 ; Fr. Lenormant, Études accadiennes.

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