I. — QU'EST-CE QUE DIEU? QU'EST-CE QUE LE TOUT? D
tout entier hors de lui; la nature c’est lui, et lui est la nature. »1 Cet état primitif suppose qu'il y a eu pour l’homme une période purement animale ; car l’animal, tel qu’il nous apparaît, est précisément ce que dut être l’homme au début de la vie, exclusivement objet. Il n’est, en effet, tout ce qu'il est que par une force qui ne lui appartient point, et c’est ce qui fait son irresponsabilité : la nature agit surtout en lui. L'animal est généralement passif: tout yeux, tout oreilles, tout sens. Il voit sans se dire qu’il regarde, il entend sans se dire qu’il écoute, ou s’il écoute et s’il regarde, c’est par entrainement des sens plutôt que par ferme résolution. Rien de concu en lui, tout y vient du dehors. Ses idées ne sont point des notions, mais de simples images des objets, car son âme figure, pour me servir des expressions de Liebnitz, un miroir concentrique où se peint cette nature dont il est partie indivise.
Or, ce qu'est encore plus ou moins l’animal, l’homme le fut nécessairement à l’origine, quand il n’avait que des sens pour appréhender les choses et rien en lui qui fut capable de s'opposer efficacement à la pression toute-puissante de son milieu. En nous sondant même légérement, nous constatons bien vite qu'il n’y a pas en nous de notion qui n ait été déterminée par un terme d'opposition ou de comparaison préexistant, et que la notion s’éclaire d’autant plus qu’elle s'oppose à un plus grand nombre de ces termes, ce qui revient à dire que, au début de l’homme, l’action de l’extérieur opérait sur le vide de son âme comme elle opère sur l'animal.
Que l’on ait recours tant qu’on voudra à une révélation primitive pour expliquer l’origine de la conscience, cela ne changera rien à la question. Si on l’entend d’une maniére absolue, rien ne sera plus vrai. Révélation ou information par le Divin objectif, c’est, du reste, dans le sens que nous