‹ Les origines de la religionChapitre 121 sur 219 · Eusèbe, Mr m. chron , et Georges le Syncelle · texte numérisé non relu

Eusèbe, Mr m. chron , et Georges le Syncelle

VENUS IN CALAMIS 161

l'invasion se fit-elle done ? Nous croyons que ce n’a pu être que par le seul grand passage ouvert au nord-est dans le bassin du Diala, que suivait la route stratégique d'Ecbatane à Babylone, une des voies de communication les plus célèbres de l'antiquité et une des plus fréquentées de nos jours par le commerce et les caravanes. C’est par là, dès les temps fabuleux, que Sémiramis conduisit son armée à Chaone‘. C'est par là aussi, du reste, qu'ont eu lieu les invasions du nord et de l’est dont l’histoire a gardé le souvenir : l'invasion des Parthes, celle des Sassanides : l'irruption dévastatrice d'Houlagou , le destructeur du Khalifat. Le dernier des Darius prit cette route pour échapper à son vainqueur; Alexandre la suivit pour continuer ses conquêtes dans l’est, et les Arabes, au vu‘ siècle, s’y engagèrent, après leur victoire de Kadesiya pour aller achever à Nehavend la ruine de la Perse et du Mazdéisme. Là se trouvent Bisoutoun et une foule de monuments , temples et fortifications en ruines de l’époque la plus ancienne, qui témoignent de l'importance

de ce passage et du haut prix qu’y attachaïent Les souverains qui régnaient sur le Tigre et l’Euphrate. On remarque, entre autres, sur cette route, à Kendjawar, les restes imposants d’une acropole, au centre de laquelle se trouvait un temple qu’Isidore ? qualifie de sanctuaire d’Artémis et qui était probablement dédié à la déesse Anahitis ou Anath. Ker Porter pense que cette citadelle, qui n’est plus qu’un repaire de brigands, devait facilement commander le passage de ce côté. Dès la plus haute antiquité, on voit, d’ailleurs, établie dans ces parages, comme un des jalons

1. Diodore, II, 13. * 2. Dans les Géographi minores, par C. Muller,

3. Cf. Rawlinson , Journal of the R. geographical Society, IX, 84 ; — Masson, Journal of the R. Asiatic Society, 97; Petermann , Reisen, IL, 252,

F | il

de la route suivie par les Couschites, une population qui était evidemment de cette race, les Cosséens, dont Alexandre, au dire de Plutarque, aurait fait une immense hécatombe aux mânes d’Héphestion, dans une expédition entreprise par ce conquérant pour se distraire de sa douleur, et qu’il appela un énagisme ou « sacrifice funéraire !. » Cette population, qualifiée de sauvage, se trouvait là, exactement comme les Couschites en Assyrie, entre les Chaldéens au nord et au sud, et s’étendait en une longue ligne dans la direction du midi, sur les derrières d'Élam, une contrée accadienne que l'invasion des enfants. de Cousch avait évidemment dû tourner.

Cette première invasion descendait-elle directement du pays de Khavilah, refoulée elle-même par quelque irruption des Aryas de la Bactriane, ou venait-elle des montagnes du Paropamise et des bords de l’Indus, après avoir traversé le Las, la Gédrosie, la Carmanie, recrutant sur son chemin les nomades de même race dispersés dans le désert ? Ce qu'il y a de positif, c’est que l’on trouve des Couschites tout le long de cette derniére route et qu’à cette famille appartenaient les Éthiopiens orientaux , établis, à l’origine de l’histoire, dans le Mekran actuel?. Si, d'autre part, comme il y a tout lieu de le conjecturer, l’armée de Nemrod se recruta dans des vues de conquête, ainsi que se sont recrutées, par exemple, les grandes armées tatares qui ont fait irruption dans le monde à différentes époques, depuis Attila jusqu'à Timour-Leng , l'hypothèse la plus probable serait celle d’un torrent grossi de tous les affluents couschites du nord-est et du sud-est, qui seraient venus se réunir en un point quelconque de la Gédrosie ou de la Carmanie , pour remonter de là du côté de Murghab et le long de la chaîne du Zagros et entrer en Assyrie par

Page 1