IV. — VENUS IN CALAMIS
‘terre !. Maïs à quelles montagnes le nom de Sem fait-il “allusion ? L'origine en est évidemment postérieure à la séparation de la famille de Cousch; cette dernière dénomination, en effet, avait déjà pris pied dans les légendes et dans l’histoire, depuis l’'Hindou-Kousch, les Coucasthalas et les Coucadvipas jusqu'aux Couschites assyriens, bien avant que celle de Sem eût fait sa première apparition quelque part. Les Sémites ne datent comme tels dans les légendes, avec le nom qui leur est propre, que du moment où ils furent descendus de l’Arraphachitis ou Arphachsad. Jusque-là, ils ne se distinguent point des Chamites, dont la philologie à, du reste, établi qu'ils ne différaient pas. La Bible, tout en reconnaissant par ses propres récits que les premiers mouvements de la famille de Sem se sont produits dans un milieu chamito-couschite politiquement organisé et déjà ancien, fait bien de ce même Sem l’ainé des enfants de Noë, mais il est facile de voir que c’est uniquement par pure vanité nationale. Quel est le peuple, qui, une fois constitué en nation, ne s’est considéré comme d’origine plus noble que ses voisins? Les Hurons et les Leni-Lénapes de l'Amérique du Nord, dont le nom signifie dans leurs langues « les hommes par excellence », sont là pour attester cette disposition du moindre groupe humain à se mettre au-dessus de tous les autres ensemble. Avec les idées qui régnaient aux époques patriarcales sur la supériorité de l’ainé, qui était même, dans le principe, comme nous l’avons vu au chapitre précédent, le « fils unique » du patriarche, la seule chair de sa chair, il eût été difficile qu’une race à laquelle se rattachent les Juifs et les Arabes, c’est-à-dire ce qu’il y a jamais eu sur la terre de plus démesurément et de plus obstinément épris de son excellence originelle, ne se décernât point à elle-
1. John Robinson, À theol. bibl. and eccles. Dictionary ,.au mot + Canaan.
même ce titre sienvié. Le plat de lentilles, au prix duquel Jacob acheta son droit d’aînesse à Ésaï, n’a évidemment été imaginé que pour répondre aux prétentions rivales mieux établies des Édomites, les voisins immédiats d’'Israël, au sud : réponse ironique, faisant probablement allu-— sion à la culture préférée de l’Idumée. J’ai lu dans une vieille farce rabelaisienne que les Italiens s'étaient vendus au diable pour un plat de maccaroni indigeste, et les Allemands pour un plat de choucroute pourrie. Pour les Anglais, nous sommes nous-mêmes des mangeurs de grenouilles, ce qui veut presque dire des mangeurs de crapauds, et l’on pourrait citer en France des centaines de communes rivales qui se qualifient réciproquement d’épithètes analogues. Les lentilles d'Ésaü ont bien l'air de quelque chose d’approchant.
Située à plus de 270 milles romains à l’est de Haran, au-delà des monts Carduques, l’Arrapachitis est comme un jalon qui marque la direction suivie, antérieurement aux souvenirs de leur histoire, par les migrations sémitiques. Elles sont donc bien venues du nord-est, comme nous le: disions. Mais ce haut plateau lui-même n'avait été qu’une étape de plus ou moins de durée ; les Sémites n’y étaient point autochthones. Tout porte à croire qu’ils formaient un rameau détaché de ces Cosséens, — Cossæi et Cussi, — que l’on trouve d’abord établis dans les montagnes du Zagros, derrière les Élamites. Ce qu’il y a de positif, c’est que la Bible fait d'Élam le fils aîné de Sem !, comme elle fit plus tard d’Isaac le fils aîné d'Abraham, et de Jacob le fils aîné d’Isaac, par suite de la tendance que nous venons de dire, quoiqu'il soit bien démontré aujourd’hui que l’'Elam était une contrée touranienne, dont la langue et la civilisation furent les mêmes que celles des Accadiens de la Babylonie. C’est, en conséquence, d'Élam ou plutôt de