‹ Les origines de la religionChapitre 132 sur 219 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Anna mater,

Il était important de connaître les éléments ethniques du pays où nous allons étudier les débuts du Chthonisme et en suivre les premiers développements. Sans cela peut-être ne se serait-on pas rendu un compte bien exact des transformations singulières de la spéculation religieuse en question, non plus que des superpositions de symboles, résultat d’apports d’origine différente. Ce n’est pas que nous tenions le culte de la divine fécondité de la Terre comme un produit de la rencontre du double courant accado-couschite : ni les Accades ou Soumirs ni les Chamites n’ont été pour rien dans l’éclosion de ce culte. Il ressort, en effet, de l’ensemble des données fournies par la lecture des inscriptions et des textes cunéiformes, d’une part, que les Accades en étaient encore, du temps du sacerdoce chaldéen, à une sorte de fétichisme légèrement transcendant, à l’adoration et à la conjuration magique des esprits, petits et grands,

esprits des hautes régions comme des régions inférieures”, et, d'autre part, que les Couschites, à leur arrivée dans le pays, n'avaient pas tout à fait oublié pour la Terre l'énergie prépondérante des puissances célestes du jour et de la nuit. Le polythéisme des uns consistait en un détail de la nature, où le côté spectral jouait le premier rôle ; celui des autres avait moins séparé le spectre de l’objet sensible, la vie de la matière, l'agent de la force elle-même, et leur adoration s’adressait à des puissances hypostatiques parfaitement caractérisées , avec tels ou tels attributs distincts. Les Accades avaient bien une « Dame de l’abime terrestre ?, » comme ils avaient aussi une foule de petits dieux chthoniens, gnômes, crions et kobolds ; mais cette Dame, dont l’idée, au reste, manque tout à fait de base dans le système religieux accadien, et ces esprits naïns des régions souterraines, produits de l’imagination d’un peuple de mineurs et de forgerons, n'étaient nullement des principes. De leur côté, les Chamites, qui finirent par plier à leur dogmatisme la religion des premiers et à le superposer à un chthonisme préexistant, en modifiant en conséquence les données de leur religion propre, n’avaient originairement connu d’autres forces que celles des hypostases célestes, le soleil, la lune, les planètes, les étoiles et l’orbe du monde. La Mère divine, cause première de toutes choses sur la terre comme au ciel, a été adoptée, il est vrai, par les uns et les autres sous différentes dénominations en qualité d’épouse de leurs dieux ; mais, comme principe neutre et comme mère enfantant d'elle - même, sans le mâle d’abord et puis en dehors de toute idée de mariage , vierge et prostituée, elle n’était, dans l’Assyrie et en Babylonie, sur le

F7 1. H. Rawlinson et Norris, Cuneiform Inscriptions of Asia, t. II, pl. 17 et 18. — Fr. Lenormant, La Magie chez les Chaldéens, passim .

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