‹ Les origines de la religionChapitre 133 sur 219 · Nin-ge, par opposition à Moul-ge, l'esprit de l’abîme · texte numérisé non relu

Nin-ge, par opposition à Moul-ge, l'esprit de l’abîme

Tigre et sur l’Euphrate, ni accadienne ni couschite. D'autre part, on croit savoir que les Accades et les Couschites étaient, les uns comme les autres , originaires de contrées tout à fait septentrionales, les Accades du Turkestan actuel! et les Couschites de l’Hindou-Kousch, c’est-à-dire d’un milieu où nous avons vu que le chthonisme n’avait pu prendre naissance. Et comme il ressort, d’ailleurs, de Ia diffusion de cette doctrine dans l’Inde et tout l'extrême

Orient, aux époques les plus reculées, qu’elle existait antè=. rieurement à la rencontre en Assyrie des deux courants cé

mentionnés , dont le symbolisme religieux , tel qu'il nous

été révélé par la lecture des’ inscriptions , avait, du reste, 2 sa |

sa base dans les régions supérieures, atmosphériques ou

célestes, nous devons chercher d’un autre côté l’origine de

la divine Mère.

Nous avons dit, au chapitre III de cet ouvrage, que la plus ancienne dénomination de la cause première, en Assy= rie et en Babylonie, était An. Dans le principe, cette dénomination, ni masculine ni féminine, avait l'aspect exclusivement neutre. Aussi, en accadien, désignait-elle un «dieu » en général, sans distinction de genres, et c’est peut-être ce

qui à fait penser aux assyriologues que le mot pouvait bien.

appartenir à la langue des Accades. Le vague de cet état originel ressort de l'embarras que dénote l’application ultérieurement faite du terme en question par les introducteurs de l’idée de genre dans le discours. En Assyrie et en Babylonie, An, à l’état absolu, est mâle dans Oannèés, représenté moitié Habnne et moitié poisson? , et femelle dans l’'Om-An de Strabon, qui est littéralement la « Mère »; puis, quand arrive l’inflexion, à la suite du couschisme, i devient mâle

LS

1. Oppert, Comptes rendus de la Société française de numismatique et d'archéologie, t. I, p. 74. — Fr. Lenormant, Les premières Civilisations, t. I, pp. 111 et suiv.

R. Sync., p. 28, B, Euseb., Armen. Chron., p. 8, éd. Mai.

dans Anu et femelle dans Anath. An est encore femelle dans An-obret, dont on avait fait une nymphe de la grotte humide, l’aïeule du peuple hébreu, en jouant sur le mot", et que D. Rabbins assimilaient à Sarah et il est mâle rue

4 An-Melekh ou le « Roi An », qui était un dieu de Sepharvaïm?. Ilest bien vrai que SH buA fait d'Oman un dieu Fe mâle, mais en l’associant d’abord au tumulus, dont la signi-

fication symbolique de « sein maternel » sera démontrée, puis aux dénominations d'Anaïtis et d'Anadate, qui n’élaient

que des nuances de celle d’An, et finalement à la fête hé- taïrique des Sakæa ou Succoth-Benoth, le grand géographe

a trop bien précisé le sens à attacher à ce nom, pour qu'il soit possible de n’y point voir la formation énoncée d'Om- An, avec le sens de « mère » pour Om. Voici, du reste, le passage de son livre auquel il est fait allusion :

« Les Perses, ayant vaincu les Sakes dans une plaine de la Cappadoce-Pontique que dominait un énorme rocher, entassérent tout autour des masses de terre de facon à former un étertre arrondi, puis ils élevèrent sur cette base un mur d’enceinte et un temple dédié à Anaïtis, ainsi qu'à Oman et à Anadate, divinités persiques toujours asso" ciées au culte d’Anaïîtis, et instituérent finalement, peur être célébrée chaque année, la fête religieuse des Sakæa, que les habitants de Zéla, ainsi que l'endroit est appelé, observent aujourd’hui encore. »

Si lon veut bien considérer que le tertre arrondi ou tumulus, type originel de la pyramide à étages de l’époque de transition du Chthonisme pur au Sabéisme phallique, était un sein maternel in statu prœgnationis; que l'Anaïtis persane, en l'honneur de laquelle se célébraient des prostitutions sacrées à Zéla et à Comane, était la même

1. DAY MY, source hébraïque, ce qui est une très-fausse étymologie. — Philon, cité par Eusèbe, Præparatio evang., I, 10. 2. LI RotS) XVII, 31.

Fi" (RS # ;

qu'Anath, inflexion féminine couschito-sémitique d’An, et qu'Anadatos ou Annédotos n’est que la transcription grecque de l’assyrien Anu-data et désigne le dieu dans les cinq apparitions qui ont suivi celle où il est appelé Oannés, il devra paraitre difficile de rattacher Oman au Sémitique.

Hamman ‘ avec le sens de « Soleil », ainsi que Movers. me. à

fait ?, et d’y trouver autre chose que ce que nous venons de He Un dieu de la Susiane, contrée primitivement accadienne, portait aussi le nom d'Omman ou Amman *, le même sans doute que le fameux Memnon qu'Étienne de Byzance donne pour fondateur de Suze , et ce dieu pourrait bien n'être que l’'Oman de Strabon, d’où il faudrait conclure, à raison de l’origine couschite du premier élément de composition ou du mot Om, que cette dénomination ne s’introduisit dans le pays que postérieurement à l’invasion des enfants de Cousch et qu’'An lui-même n’était pas quelque chose d’original chez les Accades. Le nom de « Mère », en assyrien Om, comme déterminatif d'An, se retrouve, du reste, dans Om-Uruk, l’'Omoroca de Bérose, littéralement la « Mère de la ville d’Erech 5». Cette ville,

qui était la grande nécropole de l'antique Chaldée, par conséquent le centre du Chthonisme dans ces régions, possédait un temple pyramidal remontant aux plus anciens rois couschites, et qui était consacré au dédoublement mâle et NAIL de la dénomination originairement neutre et unique d’An, c’est-à-dire à Anu et à la « Dame » ou Belitf,

Pan. e 2. Die Relig. der Phœnizier, p. 346.

Page 1