Jos., XIX, 38 ; XV, 59 ; Juges, I, 33; III
3. De Rougé, Mém. de l'Acad. des Tnscript., ne série, t. XX, 8° partie, pp. 174 et suiv. — De Vogüé, Journal asiatique, août 1867, p. 127.
ligion assyro-chaldéenne avait déjà perdu la haute protection des souverains et n’était plus religion d'État. Ce fut le roi Artaxercès Mnémon qui étendit à tout l’émpire le culte de cette dénomination, à laquelle il fit dresser une statue dans Babylone‘. De ce fait, que le nom d’Anu n’a point été soumis à l’inflexion de genre, dans le centre religieux d’où il s’est répandu sur toute l’Asie occidentale, il semble ressortir qu’il n’était effectivement pas d’origine
couschite, ainsi que nous le disions plus haut, et qu’il
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n'avait pas de signification lexique déterminée dans la langue assyrienne ; car, autrement, il eût été plus naturel et plus simple d’en former directement Anath que de recourir au féminin de Bel, qui est Belit, pour féminissr Aau.
Nous avons dit, au chapitre III, que, dans son état absolu, avant de se dédoubler en Anu et Anath , An avait le sens de « principe de production » et de « mère » neutrius generis : Om-An. De ce qui a été exposé dans ce chapitre il devrait déjà paraître suffisamment ressortir que le Divin de cette dénomination était bien, dès le commencement, une matrice, l’abîme ou intus chthonien dans lequel s’informait toute vie. Quelques autres traits vont compléter la démonstration. Parmi les titres d’Anu, tels qu'ils sont énumérés sur deux tablettes traduites par MM. Henry Rawlinson et Norris, figurent ceux « d’an-
cien », de « père des dieux », de « seigneur du monde infé=
rieur et des ténèbres, maître des trésors: cachés? ». II habite « les profondeurs de l’abime », et, par suite, il est le « dieu de la mer», le réservoir général des eaux ayant été concu, dès la plus haute antiquité, comme unessorte d’immense amnios typique, où s'étaient produits et développés les germes de toute vie. Vu sous cet aspect, il explique la
1. Cf. Clément d'Alexandrie : A5yos mootoentimèc moûc ‘EXAvac, I, 5. 2NCunoInscript. Of WW. A:llL:54, 42 TI 091 3. G. Rawlinson, The five great monarchies, t. I, p. 167.
“are
lègende d'Oannès. Anu est encore le dieu des Anunnaki, génies chthoniens. Son sanctuaire, en Assyrie et en Babylonie, était un puits symbolique ou labyrinthe , à la base d’une tour phallique, qui portait le nom de « main droite d’Anu ». Dans cette forme, il est le type de Corée, une Terre-mère, qu'Hesychius qualifie de Chirogontie, « celle qui enfante par la main. » La main, dans le langage symbolique de Babylone et de l’Assyrie , était l'expression la plus haute de force et de virilité‘. Aussi se substitua-t-elle de bonne heure au phalle comme emblême de fécondation,
une fois posée l'énergie du mâle. Elle devint même, ainsi que nous le dirons ultérieurement plus au long, un symbole d'initiation à la vie morale, comme le prouve l’exemple du centaure Chiron, — de Xp, « main >, — qui fut le grand maïtre-ês-arts de la Grèce héroïque, le précepteur d'Esculape, à qui il apprit la médecine, de Thésée, de Télamon, de Pélée, d'Achille, de Jason, d’Actéon, de Médos, de Céphale, de Mélanion, de Nestor, d’'Amphiaraos, de Méléagre, d'Hippolyte, de Palamède, d'Ulysse, de Mnesthée, de Diomède, de Castor, de Pollux, de Machaon, de Podalire, d’Antiloque et d'Énée. Par là s'explique le rôle de la « main d'Anu » dans le mythe de cet Oannës moitié homme et moitié poisson, qui, surgissant de l’abime des eaux, vint enseigner aux hommes les lettres, les sciences, les arts, les lois et la justice ; par là encore, le renom de centre littéraire et scientifique des plus anciens sanctuaires chthoniens, comme, par exemple, celui de Sippara, la Pantibibla des Grecs et le Sepharvaïm de la Bible, la « ville des livres », que Pline” et les Inscriptions * désignent comme une des grandes écoles du sacerdoce chaldéen, où avaient eu lieu les premières révélations d'Anu et où Xisuthrus, le Noë assyrien, enfouit,
1. Norris, Assyrian Dictionary, au mot Zd, qui veut dire « main ». sde 2. Hist. nat., VI, 30, Hipparenum.
: 3. Fastes, I, 134 et 135.
à la veille du déluge, les tablettes contenant ces mêmes révélations et les principes de toutes les sciences,
Un dernier trait, le plus caractéristique peut-être, puisqu'il relie directement Anu à toutes les dénominations postérieures de la divine génératrice, va compléter cette figure.
Une grande tablette provenant de: la bibliothèque du palais royal de Ninive et dont un fac-simile a été publié par MM. Henry Rawlinson et Norris contient une série d’incantations magiques, toutes en accadien, dont une, la troisième, est ici d’une importance de premier ordre. Dans cette formule, en effet, qui appartient au Chamanisme des Accades et doit dater d'avant les Couschites, la prostituée sacrée, la même que la Kedeschah sémitique, figure comme affectée au service d’une divinité pronos Anna, qui n’est que la forme touranienne répondant à l’assyrien Anu, développement, l’un et l’autre, du primitif absolu An. Il est, en outre, fait allusion, dans cette même formule magique, à des hiérodules qui se tailladaient la poitrine et jouaient du tympanum, ce qui rappelle exactement les Galles ou prêtres de la déesse syrienne ?, une divine matrice, et les métragyrtes de la grande Mère des dieux, la Dea meretrix de saint Jérôme*. Voici, du reste, la traduction française de l’incantation dont il s’agit, telle que la donne M. François Lenormant * :
« La prostituée sacrée au cœur impur, qui abandonne le lieu de prostitution; — la prostituée du Dieu Anna qui : ne fait pas son service, au soir du commencement du mois incomplet ; — l’hiérodule qui fautivement ne va pas à son lieu, — qui ne taillade pas sa poitrine, — qui ne... pas sa
1. Alex. Polyhistor, abr. de Bérose, dans le Syncelle, p. 30, À, et dans Eusèbe, Arm. Chron., p. 14, éd. Mai.