VI. — VENUS ÆNEA
traditions se rattachant aux idées que nous venons de dire. En Thrace, où il arrive d’abord, c’estla ville d’'Enos!, qu’il bâtit lui-même et à laquelle il donna le nom d’Ænea-
des, selon Virgile*, après avoir préalablement fait un sacrifice à Vénus, sa mère, pour se la rendre favorable, au pied d’un tumulus que le poëte suppose dés lors existant déjà et qu’il rattache de la sorte au culte d’Aphrodite, quoique, quelques vers plus bas, il se contredise et fasse élever le tumulus par son héros aux mânes de Polydore, fils de Priam*. Ce nom de Polydore, associé ici au tumulus, nous paraît tout à fait significatif. Le tumulus, avons-nous dit, était un sein maternel. Dans cette condition, quand s'affirma l'énergie masculine, on y superposa des emblèmes phalliques, dont le nombre varia, suivant des théories symboliques que nous expliquerons ultérieurement, d’un à sept : un et deux comme simple priape et priape double dans le genre de celui des temples d'Hiérapolis et de Paphos, puis trois, le nombre mâle par excellence, ensuite cinq, image de la main d’Anu, et enfin sept, ce dernier chiffre représentant le phallisme de la substitution planétaire. Ces phalles étaient figurés, soit par des cippes,
1. Solin., c. X. Polydori tumulum ostendit Enus. 2. En., II, 16 et suiv.
... Feror huc, et littore curvo MϾnia prima loco...
Æncadesque meo nomen de nomine fingo.
On ne sait pas quelle a pu être au juste cette ville d’'Æneades,
8. Le tombeau de Polydore se trouvant à Énos, dans la Chersonèse de Thrace, d’après Solinus, (10, 11) Pomponius Mela (II, 2), Servius (In Æneid., II, 18) et Pline (Hist. nat., IV, 11), on en a inféré que ce pourrait bien être l’Æneades en question. C'était probablement aussi l'opinion de Virgile. Homère, néanmoins, suppose qu’Ænos existait avant Enée, car il fait tuer devant Troie Diorée l’Amaryncide par une pierre qu'avait lancée un chef de guerriers thraces, Piroos, venu, dit-il, de cette même ville d'Ænos (J2., IV, 517). Étienne de Byzance dit que la ville bâtie par Énée était Æinæa, dans
la Chersonèse Pallène, mais là il n'y avait point de tombeau de Poly;dore.
Ale LES ORIGINES DE LA RELIGION
comme sur le tombeau d’Absalom, autrement dit la « main d’Absalom », où il n’y en avait qu’un, ou comme sur le tombeau d’Alyattes et le polyandron d’Oponte, où ils se trouvaient au nombre de cinq, et aussi comme sur le tumulus du cheval, en Laconie, où il y en avait sept, en mémoire des sept planètes, suivant la remarque de Pausanias lui-même‘, soit par des pieux, des troncs d'arbres ou des arbustes, et par des broches et des lances, la lance et la broche, ainsi que nous le verrons à Rome, quand il sera question des hastæ Martiæ et des hastæ puræ, symbolisant le principe de la fécondation. Or, Virgile parle, d’après une tradition qu’il développe poétiquement sans la comprendre, de trois arbustes animés qu'Énée arracha sur le tumulus de Polydore et du tronc desquels coula du Sang : image de la vie que recélaient ces arbustes.
Forte fuit juxta tumulus quo cornea summo Virgulta, et densis hastilibus horrida myrtus. Accessi, viridemque ab humo convellere sylvam Conatus, ramis tegerem ut frondentibus aras.
Horrendum et dictu video mirabile monstrum !
Nam, quæ prima solo, ruptis radicibus, arbos Vellitur, huic atro liquuntur sanguine guttæ,
Et terram tabo maculant : mihi frigidus horror Membra quatit, gelidusque coit formidine sanguis. Rursus et alterius lentum convellere vimen Insequor, et causas penitus tentare latentes: Alter et alterius sequitur de cortice sanguis. Tertia sed postquam majore hastilia nisu Aggredior, genibusque adversæ obluctor arenæ, Eloquar, an sileam ! gemitus lacrymabilis imo Auditur tumulo , et vox reddita fertur ad aures : Quit miserum, Ænea, laceras? jam parce sepulto; Parce pias scelerare manus. Non me tibi Troja Externum tulit, aut cruor hic de stipite manat. Heu! fuge crudeles terras, fuge littus avarum.. Nam Polydorus ego : hic confixum ferrea texit Telorum seges, et jaculis increvit acutis 2.