VI. — VENUS ÆNEA
« Près de là était un tumulus, sur le haut duquel se trouvaient des scions de cornouiller et un myrte herissé de rameaux épais. Je m’approche et ayant voulu avec effort arracher de terre le bois verdoyant, pour couvrir les autels de branchages, je vois un effrayant prodige! Le premier : arbrisseau que j’arrache, après en avoir brisé les racines, distille un sang noir qui souille la terre de taches livides : mes membres frissonnent d’une froide horreur, mon sang se glace d'épouvante. Je veux arracher un second arbuste et pénétrer la cause mystérieuse du prodige : un nouveau sang coule encore de là... Pressant du genou la terre, j'attaque avec un plus grand effort un troisième arbrisseau, mais, le dirai-je ou dois-je me taire? du fond du tumulus sort un gémissement lamentable, une voix qui porte ces. mots à mon oreille : Pourquoi, Énée, déchires-tu un malheureux ? ‘Épargne cette tombe; épargne un crime à tes. pieuses mains. Je ne te suis pas étranger ; Troie m'a vu naître, et ce sang ne coule point d’une tige insensible. Ah! fuis ce pays cruel, fuis cette rive inhospitalière ; car je suis Polydore : ici mon corps a été couvert d’une moisson de traits aigus, qui ont pris racine sur ma tombe. »
Ces hastilia vivants et animés, au nombre de trois, sont, avec le tumulus, dans les conditions où il s'offre ici, un symbole chthonien. Originairement, en effet, les arbustes en question avaient été de véritables pieux ou des lances :
. + + . . Hic confixum ferrea texit Telorum seges, et jaculis increvit acutis.
En conséquence, au lieu de l’étymologie rokuôGeov, qui donne le sens de « bien doué », nous proposons, pour le Polydore dont il s’agit, un composé mohudoou, dont la signification, qui est précisément celle de tumulus « des lances ou des pieux », répond d’une manière si LÉ CaUr sement exacte à la ARE du fait.