‹ Les origines de la religionChapitre 164 sur 219 · VI. — VENUS ÆNEA · texte numérisé non relu

VI. — VENUS ÆNEA

d'énergie masculine et se superposant à l’intus chthonien resté femelle, c’est à cette tour, disons-nous, que la divine Mère, celle même de Crète et de Pessinonte, doit son nom tout à fait caractéristique de Mater turrigera. Le sens de « main », pour les montagnes en question, ressort évidemment de leur association avec les Daktyles ou « Doigts » ouvriers et artistes de ces mêmes montagnes, ainsi que du nom de dikté substitué par certains auteurs à celui de l’Ida, et qui nous paraît se relier, comme traduc. tion pélasgo-grecque de ce dernier, au radical qui a formé le substantif deæia, la « main droite. » Nous avons, d’ailleurs, un texte qui le confirme. Voici, en effet, ce qu’on lit dans le grammairien Diomède : « On dit qu’Ops (la même que Rhéa et Cybèle), arrivée en fuyant sur le mont Ida, dans l’île de Crète “appliqua ses mains sur cette montagne et enfanta ainsi Jupiter; que, de plus, de l’impression de ses mains sont provenus les Curèêtes ou Corybantes, qui, du nom de la montagne et de la nature du fait, ont été appelés Dactyles Idéens !. » C’est sur le mont Ida, où règne pourtant Cybèle, que le troisième hymne homérique fait naître le fils d'Anchise et de Vénus, et quelques traditions y donnent pour précepteur à Énée le centaure Chiron, encore un terme où est impliquée l’idée de « main ». D’après Demetrius de Skopsis cité par Strabon?, Énée et sa descendance auraient même exercé le souverain pouvoir dans tout le pays autour de la montagne sainte.

Cette association de Cybèle et de Vénus dans la légende d'Énée, avec toutes les circonstances qui l'entourent, montrent, croyons-nous, que, dans la dénomination d’Ænæas, il s’agit bien effectivement de quelque chose d’analogue, pour le sens comme pour la forme, à l'An de la Babylonie.

1. De Oratione et partibus Orationis, WI, dans les Grammaticæ latinæ auctores antiqui de Putsche, éd. de 1605, p. 474. 2. XIII, p. 607.

Il ya, dans l'Énéide, une injure de Numanus Remulus aux Troyens qui paraît, d'autre part, contenir une allusion à ces pratiques d’hétairisme dont nous savons que le culte de la dénomination en question était comme la formule sacrée :

O vere Phrygiæ, neque enim Phryges, ite per alta Dindyma, ubi assuetis biforem dat tibia cantum :

Tympana vos buxusque vocant Berecynthia Matris Ideæ; sinite arma viris et cedite ferro,

« Allez, véritables Phrygiennes, car vous n’êtes pas des Phrygiens ; allez où vous appellent, sur le Dindyme ou l’Ida, la flûte à double son, les cymbales et les hautbois de la Mère des Dieux. »

Cette ironie du Rutule prouve du moins, que, du temps de Virgile, on ne craignait point, à Rome, de relier la co- Jonie énéenne à ses véritables origines, les mêmes que celles des Corybantes, des Galles, des Métragyrtes, ces prêtres coureurs de foires et de marchés, qui, tout en se châtrant en l'honneur de la Grande Mère divine, tant syrienne que phrygienne, Atergatis ou Cybèle, n’en continuaient pas moins, sous sa forme la plus dégradée, l’hétaïrisme originel : Ji sunt quos hodiè, Romcæ, matri non deorum, sed dœmoniorum servientes, Gallos vocant. Aquila évniayuévous interpretans, id est mutatos, hoc ostendere voluit, quod suam naturam mutaverint et de viris facti sint feminæ ?.

À peine arrivés.en Crète, dont les villes abandonnées et désertes, depuis la fuite d’Idoménée, attendaiert de nou-. veaux habitants, les Troyens, qui avaient espéré s’y établir sans grandes luttes, furent visités par un fléau terrible et forcés de se rembarquer à la hâte :

1. IX, 617 et suiv. FE 2, S. Jérôme, Comment. ad Hos., t, II, p. 1261:

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