I.— QU'EST-CE QUE DIEU? QU'EST-CE QUE LE TOUT
une sorte de composé, le sujet et toutes les modifications de l’attribut. À la vue d’un cheval au galop, d’une plaine blanche de neige, l’homme se forma d’abord une image indivise : la course et le cheval ne faisaient qu’un, la neige et la blancheur étaient une même chose. Pour rendre dans nos termes cette sensation, dont l’exemple a été emprunté à M. Steinthal ‘ et à M. Renan?, une analyse, une abstraction même était nécessaire : il fallait séparer la course de V'être qui court, la couleur de la chose colorée; il fallait, en outre, généraliser l'accident et l’exprimer par des mots applicables à toutes les situations de même genre. Or, l'analyse et l’abstraction étant inconnues à l’homme purement sensitif et passif des premiers âges, ainsi que nous sommes en droit de le conclure de ce qui précède et que MM. Renan et Steinthal en font aussi la remarque, en traitant de l’origine du langage, le discours n’a pu naître qu’à un certain degré de développement de la vie de l’esprit, et son apparition constitue un progrès. La répétition des mêmes circonstances était indispensable pour la généralisation, et l’analyse n’a pu se faire que lorsque l’esprit eut acquis un nombre suffisant de termes de comparaison. Tout cela suppose que l’homme s’est déjà opposé à lui-même et que, par conséquent, de la vie dans l’espèce il a passé à la vie de race ou de famille.
Dans ces conditions, le Divin ne pouvant que répondre, en tant que notion, à l’état même de l’entendement et à la capacité du sujet, ainsi que nous nous exprimions plus haut, quel a donc été le Dieu de l’humanité primitive? L'histoire et la logique naturelle vont nous le dire.
Il y a dans la mythologie grecque le souvenir un peu effacé d’un premier Divin personnel, qui ne fut ni Zeus, ni Cronos, ni l’Uranus proprement dit de la dernière époque.