VII. -— ANNA-DIDON
rappelle.encore, à certains égards, la tragique fin de cette autre Crêuse, fiancée de Jason, à qui Méduse envoya comme cadeau de noces la robe imprégnée de. substances incendiaires qui la consuma, dès qu'elle voulut. la mettre, sans qu’on pûüt éteindre le feu. Il n’est pas douteux que cette robe ne soit la même que la fameuse tunique imbibée du sang de Nessus, que Déjanire, jalouse d’Iole, comme Méduse l'était dela fille de Créon, fit remettre à Hercule et dans laquelle:mourut le héros, sur son bûcher du mont Æta ; la même aussi que la robe de pourpre ou de byssus rouge-clair, encore une image du soleil couchant, dont s’enveloppe Sandan, l’Hercule androgyne assyro-lydien, pour mourir dans les flammes, et dont on revêtait, soit le Zogan ou roi de la fête hétaïrique des Succoth-Benoth, soit les victimes et les images symboliques qu’on brülait sur le bücher sacré. Les scénopégies, au terme. desquelles avaient lieu ces sortes de mystères, étaient de cinq jours, répondant très probablement, dans le principe, aux cinq jours épagomènes qui devaient clore une période solaire, le dernier jour de la fête, celui-là même où se consommait le sacrifice, étant aussi le jour où expirait, dans les vapeurs rouges du soir ou, pour parler le ravissant langage mythologique, dans la gaze d’une tunique de pourpre enflammée, le dernier soleil du cycle *.
Quant au passage d’un sexe à l’autre dans la même dénomination mythique, ce n’est point une hypothèse. Nous avons des exemples nombreux d’hermaphrodisme,tous se rattachant à la divine Mère, c’est-à-dire, au type général
1. Le nom du roi des Sakæa, Zogan, a été dérivé avec beaucoup de vraisemblance du mot même qui désignait cette robe, zoga (NAN), une sorte de tunique légère d'un tissu mince et clair, généralement pourpre ou kermès. Le Zogan (Zwyavnc) était donc celui qui portait une de ces tuniques. Avec l’article ha; on a un composé Ha-Zogan, qui pourrait bien être le type d’Ascan-10s (Ascagne), qualifiée de fils
d’Enée.
d’où sont dérivés les mythes du genre de celui de Didon. C’est ainsi, pour commencer par la dénomination originelle de l’espèce dont il s’agit, que, à Comane en Cappadoce, la grande déesse Enyo, assimilée par Strabon à l’Artémis Tauropole !, était représentée avec les attributs d’un Hercule®, Au temple d’'Hiérapolis ou Maboug, que, d’après quelques-uns *, Sémiramis aurait élevé à la mémoire de sa mère Derkéto et qui était consacré à Tirghata, dont les Grecs ont fait Atergatis et qu'ils ont assimilée à Rhéa, à Hera, à Athéné, à Aphrodite, à Artémis, à Uranie, il y avait une statue de divinité dont on n'aurait su dire si elle était mâle ou femelle et qui représentait, d’après les uns, Bacchus ou Deucalion, et suivant les autres, Sémiramis. « Sur sa tête, ajoute Lucien, elle porte une colombe, emblème de cette dernière 4. » On l’appelait le Seméion, ce qui pourrait fort bien être la forme grecque du sémitique Schem, ainsi que les Juifs appelaient aussi Jehovah, et qui n’est qu’une abréviation de Schemiramoth ou « le sublime nom », appellatif dont la Bible a conservé la trace Ÿ. Dans l'hypothèse très fondée, que le Semeion du temple. d'Hiérapolis répond, en effet, à l’hébreu Schem, l'opinion de ceux qui voulaient y voir une image de Sémiramis serait la vraie; et comme Sémiramis, qui aurait fondé le temple, est identique à Derkéto, quoique donnée pour sa fille, selon la manière de classer les variétés d’aspect d’une même dèénomination en mythologie, il devrait y avoir lieu d’inférer que le Semeion était la statue originelle de Tirghata, la grande Mère universelle à à qui appartenait en propre le sanctuaire. Diodore de Sicile, parlant d’une Sémiramis historique,