VIII. — ANNA PERENNA
pant à aucun des droits de la cité : les regrets du poète Théognis de Mégare pleurant le bon vieux temps des eupatrides, où la classe ignoble «n'avait ni lois ni tribunaux * », et l’acte de désespoir de la plèbe romaine, abandonnant «une cité qui n’était rien pour elle, où elle n’avait ni foyers, ni sacrifices, ni patrie ?, » et se retirant sur le mont Sacré, en dehors des limites de l’ager romanus, sont caractéristiques à cet égard.
Ce qu’il y a de significatif dans cette retraite de la plèbe, c’est qu’elle eut lieu sous les auspices de la divinité hétairique par excellence, Anna Perenna :
« Il y avait à Boville, dans les environs de Rome, dit Ovide, une vieille du nom d'Anna, pauvre, mais de beaucoup d'activité. Ses cheveux blanes relevés par un léger bandeau, elle pétrissait d’une main tremblante des gâteaux rustiques, et le matin elle avait coutume de les distribuer au peuple encore tout fumants. Le peuple en eut de la reconnaissance ; de retour à la maison, la paix une fois faite, il éleva une statue à Perenna pour le secours qu’il avait recu d’elle dans sa détresse *. »
La bonne vieille de Boville était donc bien Anna Perenna elle-même. |
Nous croyons pouvoir déterminer de la manière suivante la progression suivie à Rome par le mouvement social.
C’est au mont Palatin que se rattachent les traditions historiques et religieuses les plus anciennes, particulières à la ville. C’est là que Romulus fonda son premier établissement, après avoir fait venir de l’Étrurie des hommes versés dans la science des augures, qui lui apprirent les rites religieux à observer pour la circonstance et lui
1. Ad Cycnum, dans les Theognidis Reliquiæ, éd. Welcker. 2. Denys d'Hal., V1, 79, 45.