‹ Les origines de la religionChapitre 21 sur 219 · I. — QU'EST-CE QUE DIEU? QU'EST-CE QUE LE TOUT · texte numérisé non relu

I. — QU'EST-CE QUE DIEU? QU'EST-CE QUE LE TOUT

ration et sur le haut plateau de l’Asie centrale, une dénomination personnelle de la Mer céleste, et cette dénomination, comme l'Océan grec, est précisément la forme la plus ancienne sous laquelle fut appréhendé le Divin. Roth‘ et C. F. Kæœpen * nous semblent, en effet, avoir parfaitement compris Varouna, en faisant de lui le grand ancêtre de tout le panthéon védique. Dans les hymnes, il est vrai, au premier plan figure Indra, l’éther lumineux, un correspondant du Zeus hellénique; mais Indra n’est ici, comme Jupiter chez les Grecs et les Romains, qu’un parvenu ; le vieux souverain, c’est Varouna. Quoiqu'il ne soit plus, ainsi que s'exprime Kœpen, qu’un de ces rois qui, repliés dans la majesté de leur silence, gouvernent par leurs lieutenants, il n’en demeure pas moins « le roi des dieux et des hommes, le Seigneur de tout, du ciel et de la terre * ». À l’époque où les hymnes védiques furent composés, la spéculation des Aryas avait déjà commencé à détailler la phénoménalité naturelle, et leur esprit se trouvait engagé dans le polythéisme, de sorte que la dénomination de Varouna, qui était, ainsi que celle d’Océan, quelque chose de général, comme nous allons le montrer, se restreignit en se spécialisant et n’eut plus qu’un caractère tout à fait dépouillé. Retiré, comme le vieil Océan encore, sur les derniers confins du monde, il trône par delà le soleil et les étoiles. Les arts plastiques, d’une époque comparativement récente, le représentent couronné delotus et voyageant sur un crocodile, substitution fantaisiste du genre de toutes celles des Pouranas, qui, pour avoir voulu accorder le symbole du Ciel avec un autre emprunté à l'élément humide, a perverti le sens du dragon océanique. Selon des traditions beaucoup

1. Die hœchsten Gœtter der arischen Vœlker, dans la Zeitschrift der morgenlændischen Gesellschaft, V1, 67.

2. Die Religion des Buddha und ihre Enstehung, t. 1, pp. 3 et 4.

3. Max Müller, Essai sur l'Histoire des Religions, Les Védas.

plus anciennes, datant d’avant la naissance des arts, il languit relégué dans les brumes de l'extrême Occident, ce qui semble rappeler l’époque antèé-historique où la race aryenne vivait réunie sur le plateau de la Bactriane, ayant à l’ouest la mer Caspienne, la seule qu’elle connût. Or, ce dieu, le premier et le plus ancien des dieux Aryas', était tout à la fois le Ciel indéterminé et un Océan sans rivages. « Varouna, d’après ce qui ressort des hymnes védiques, dit le D' Muir, réside dans tous les mondes comme souverain : il les em brasse tous les trois. Le vent qui mugit à travers l’espace est son souffle. Il a placé le soleil dans le ciel et ouvert devant lui une carrière sans limites. C’est par son ordre que la lune brille et que lesétoiles, visibles la nuit, disparaissent à l’approche du jour. Ses espions surveillent l’un et l’autre monde. Il a lui-même mille yeux. [1 connaît le vol des oiseaux dans le ciel, la voie des navires sur la mer, le courant des vents déchaïînés, et il voit toutes les choses cachées qui ont été ou qui seront? ». Toutes ces particularités, ajoute de son côté M. George Cox, « sont autant de phrases suggérées directement par les phénomènes du Ciel * ». Varouna était donc l’immensité céleste indéterminée: mais, de même qu'Océan, il était aussi une Mer infinie : ce dernier aspect, tout à fait secondaire, est confirmé par la transformation ultérieure du Dieu en une sorte de Neptune céleste, dieu des Eaux en général, devenues ses « femmes * », et aussi par ses épithètes de vérindtha et vérilomän, du radical vér, qui veut dire eau. Si Océan se rattache au sanscrit ÔGHA, la masse des eaux ambiantes, et répond de la sorte à Ogygès, — le même qu'Ogen, — et à Ogoa, le

1. The true greatness of Varuna belongs to the earliest phase of Hindu thought. G. Cox, The Mythology of the Aryan nations, vol. I, p. 399.

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