I. — QU'EST-CE QUE DIEU? QU'EST-CE QUE LE TOUT
dieu suprême de Mysale en Carie, que les mythographes ont identifié à Neptune, Varouna et Ouranos se rattachent à un radical qui implique, comme nous allons bientôt le voir, l’1dée d’enserrer et celle de masse liquide. Ouranos et Océan sont, de la sorte, deux termes originairement identiques. Nous ajouterons un dernier trait à ce qui précède. L’Aitareya-Brähmana, voulant expliquer pourquoi la prière du matin commence par une invocation aux Eaux, raconte ce qui suit : Pradjapati, le père de la création, allait répéter la prière en présence des Devas et des Asouras, qui attendaient avec anxiété, impatients de savoir quel nom de divinité sortirait le premier de.sa bouche. Pour ne blesser personne, le souverain père prend le parti de ne nommer aucun des dieux en particulier et commence par un vers où sont invoquées les Eaux. Comme les Eaux, est-il dit, sont censées représenter toutes les divinités ensemble, Devas et Asouras furent ravis de cette déférence de Pradjapati. « C’est ainsi, ajoute-t-on, qu’il faut toujours commencer la prière du matin! ». D’autre part, dans un hymne qui termine le chapitre X de la Sanhita du Rig- Veda, Vatch ou la Parole dit d'elle-même : « Mon origine est dans le milieu de l’Océan, et par conséquent je pénètre tous les êtres. » Or, par Océan on doit entendre ici le Ciel, ainsi que le déclare expressément un autre endroit du même hymne, où le Ciel est qualifié de père. Le commentateur, de son côté, indique trois interprétations, qui s’accordent toutes à faire des Eaux célestes le principe des choses, à savoir : « Mon générateur, le saint Ambrin’a, est au milieu de l'Océan » ; ou : « Mon origine, le Divin sensible, est dans les Eaux, qu? constituent les corps des dieux » ; ou encore : « Le Divin sensible, qui est au milieu des Eaux et qui pénètre l'intelligence, est mon origine ».
1. Journal des Savants, oct. 1866, art, de M. Barthélemy Saint- Hilaire. .
6 je LES DR 2 DE -LA RÉSESTON re nr F--
Éan lé Divin fut d° aie d conçu comme une mer immense, sans limites et sans fond. Mais que ce füt à cause des propriétés fécondantes ou de la priorité élémentaire de l'Humide, c’est ce que nous ne saurions admettre. Ces
considérations, qui ont pu provoquer plus tard les spécula-
tions théologiques des auteurs de cosmogonies et même celles de philosophes comme Thalès, n’ont pas été déterminantes. Il y a là, en effet, un premier travail d'analyse, qui suppose des comparaisons dont le défaut de moyenstermes, à une époque d’inexpérience absolue, rendait Pimpossibilité forcée. Aussi le sens primitif d’ D comme de Varouna, par conséquent le sens primitif d'Ouranos, le Ciel, c’est-à-dire le dieu primitif de toute la race aryenne, est-il caractéristique d’un tout indéfini. Le substantif sanscrit ÔGHA, auquel se rattache l’Okeanos grec, signifie masse et réunion confuse, de la racine üuH, réunir en tas, rassembler et comprendre. De leur côté, Varouna et Ouranos sont reliès à cette dernière dote par la racine vri, qui veut dire enserrer, envelopper, et à celle d’eau par les épithètes de vérindtha et vérilomän, du radical vär, données à Varouna.
Ce qui montre bien que les eaux primordiales des relisions conchito-sémitiques elles-mêmes et le Thian de l’extrême Orient dérivent, eux aussi, de l’idée de comprendre, envelopper et couvrir contenue dans Océan et dans Varouna, c’est que le symbole est identique. Partout le dragon s'associe au Ciel, dont il est comme la forme hièroglyphique vivante, avec le sens que nous venons de reconnaître dans l’étymologie gréco-sanscrite.
On sait que, en Chine, l’empereur, qualifié de fils du Ciel, a le dragon pour armes et que le Ciel lui-même est figuré par un dragon ailé, semblable à celui que montait le vieil Océan. Nous ne voulons pas dire, néanmoins, que symbole en question soit contemporain de l’idée à te il se rapporte : comme tous les Sy mboles, il résulte plutôt
à x Ë L > d'une oser et, par. Fan Tu est: a CR à postérieure à l'impression première. Il est même beaucoup se L plus probable, comme le pensent la plupart des mytho- ” graphes, que le serpent céleste a d’abord été l'éclair ?, $ Dans. ps qui serpente, en effet, le serpent est visible; A c’est é une impression directe; mais comme image de Forte du monde, ce n’est qu’un sa une spéculation. Nous disons dBne uniquement que le serpent ou drago À employé pour figurer le Ciel, par suite d’une déviation, confirme, comme symbole animé, l'impression première produite par le spectaele de l’orbe céleste, celle de cowvrir, envelopper et environner, que révèlent les racines vr2 et wh dans Varouna et Océan. Il y avait et il y a encore, du reste, en Chine, à côté du dragon, pour symboliser le Thian, l’image de la tortue de mer, dont le sens de f#rmament qui contient et englobe le monde vivant éclaire et établit d’une maniére « incontestable celui que nous croyons pouvoir attacher à l’autre image parallèle, celle du serpent, comme symbole du Ciel. Au Mexique, Z/huicatl, le Ciel, signifie l’eau qui entoure : c’est aussi un Océan. | Quant à l’hébreu Zaschamaïim, il pourraït bien se rattacher au cabire phénicien Haschmoun, qui ne serait, de la sorte, comme l’hébreu lui-même, qu’une forme de pluriel. Il est certain que la désinence own, qui s’est conservée plus ou moins altérée, comme adformante de personnes objectives, deuxième et troisième, au pluriel, dans la conjugai= son de plusieurs idiomes sémitiques, existe toujours en arabe, le plus important de ces idiomes, pour le pluriel des noms. Haschmaïm et Haschmoun seraient donc ainsi deux simples variantes dialectiques du pluriel de schem, dont pr l’arabe a retenu la racine verbale, sama, avec le sens de s'élever, être haut, d’où est dérivé, du reste, dans ce même
1. W. Schwartz, Der” rep l'der Mythologie, c.1, pp. 26 et suiv. EF
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dialecte, le substantif sama, le Ciel. L’Esmoun phénicien, dont le temple, à Carthage, sur le point le plus élevé de la citadelle, dominait toute la ville, était, de toutes manières, le correspondant d'Océan et de Varouna; comme eux, il signifiait tout à la fois le Ciel qui enserre et les eaux supérieures, Ces attributs sont incontestables. Toutes les autorités s'accordent à représenter Esmoun comme Ja voûte céleste qui couvre et enveloppe l’univers !, et à donner .le serpent pour un de ses principaux symboles. Aussi les Grecs l'assimilaient-ils à leur Esculape, qu'Epidaure, Pergame et un nombre considérable d’autres villes vénéraient sous la forme d’un serpent vivant.et qui fut identifié au Serpentaire ou Ophioukhos dans les cultes planétaires. Quant à la dénomination sémitique d'Esmoun, nous ne faisons aucune difficulté d’y apparenter celle d’Ismène, que nous trouvons appliquée à un Ondin, fils de Pelasgos,qui est.peut-être ici pour Pelagos oula Mer ; à un personnage mythique lié.aux eaux du Ladon ; à une fille du dieu aquatique Asopos, femme d’Argus ou du Ciel étoilé, ce qui fait de cette forme féminine le côté femelle d’un nouvel aspect d’Ouranos;.à un dieufleuve de Béotie, et à toute une classe de nymphes potamides. La circonstance significative, que les nombreux sanctuaires d’Esculape étaient presque tous situés sur le bord de la mer, près de sources ou :sur des hauteurs, ne parait pas étrangère à la double idée de hauteur céleste.et de mer supérieure contenue dans le correspondant phénicien. En associant, dans le récit d'une visite, Esculape.à Glaucos et au serpent, dont l’un est la mer .azurée et l'autre l’orbe du monde, Hygin® semble avoir eu comme une réminiscence de ce double.aspect. Quant à l’étymologie proposée par beaucoup de savants, qui rattache Esmoun à nn mot signifiant le huitième, — ÆHaschmouni, — par
L L'arabe Es-samna, le.Ciel, signifie aussi une toiture, “æ Poëticon Astronomäcon, Tib. II, Ophiucus.