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ractère des premiers temps de l’hétairisme, n’en a pas moins conservé le souvenir de l’ésogamie originelle. Les traces de cette même ésogamie existaient, du reste, dans
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Leurs parents les nourrissent de ce qu'ils ont de meilleur, et, quand les vivres manquent à la case du pére, les kayoï ont droit d’en prendre où ils en trouvent. Personne n’est admis à se plaindre de leurs larcins.
Lorsque les jours d'épreuve sont passés, ils se ren à grand renfort d'eau fraîche, et leur corps paraît alors aussi blanc que celui d'un Européen. Chacun se pare ensuite de ses plus beaux habits. Les garcons se ceignent les reins d’un kami ou ceinturon blanc, s’ornent la tête d'une couronne de lianes entremélées de fleurs, et s’inondent d'huiles, de parfums et de toute sorte d'essences. Les jeunes filles revêtent un long peignoir en gaze blanche, dont les extrémités trainent derrière elles ou flottent à tous les vents, et qui tient à leur épaule droite par un nœud de rubans. Une couronne de fleurs leur ceint aussi la tête, et leur magnifique chevelure noire, retenue en arrière par un nœud de lianes légèrement serré, tombe comme une nappe de jais sous un voile blanc de l’étoffe la plus fine. C’est dans ce costume qu’on se rend à la fête , les garcons en dansant, et les filles en agitant avec coquetterie un éventail. Le bruit du tambour les appelle; 1ls se précipitent plutôt qu’ils ne marchent.
Le lieu de la fête est un parallélogramme rectangulaire plus ou moins grand, suivant l'importance de la population de l’île. Il est environné de deux rangs de gradins destinés au spectateur et terminé . d’un côtè par de petites élévations réservées aux étrangers. Sur le de-
vant de la scène, une case particulière a été construite pour lesprêtres. L'enceinte est pavée de cailloux ou de pierres plates recouverts de sable sur une largeur de quatre à cinq mètres carrés. Aux quatre angles du parallélogramme s'élèvent quatre mannequins colossaux ou groupes de mannequins, représentant des hommes et des femmes dans les positions les plus exagérées. Ils sont ornés de mille couleurs, entourés de banderolles et couronnès de toutes les fleurs du pays. À un signal parti de la case sacerdotale, le voile qui les recouvre se déchire, et la foule accueille le spectacle de ces obscénités par un trépig nement de j joie et des koninis ou bravos cent fois répétés.
Au premier rayon du jour, tout le monde est sur pied; les malades seuls ne quittent point les cases. Le son du pañhou retentit dans toutes les baies de l’île, et des familles entières, dans leurs plus beaux costumes, courent au rendez-vous. Le soleil dore à peine la cime des cocotiers, que déjà les gradins du tokoua sont envahis par des groupes de femmes, au milieu desquels les jeunes filles Æayoï viennent
prendre place. Les hommes arrivent ensuite. Ils se rangent sur les gradins inférieurs, ayant au milieu les garçons kayoï, qui, l'œil »
VIII, — ANNA PERENNA 291
les coutumes romaines : quand le cortège d’une mariée ar-
rivait devant la maison de l’époux, la mariée n’en devait
point passer le seuil d'elle-même; on l’enlevait pour le lui #:
en feu, le cœur tout haletant d’impatience, cherchent parmi les jeunes filles celles que leur amour a choisies, De petits signes sont échangés, et souvent même, dés la veille, on a disposé les moyens de se reconnaître.
Les prêtres chantent une psalmodie dont ils alternent éntre eux les cadences monotones, puis les danses commencent, C’est toujours un danseur ou une danseuse des plus habiles qui débute sur le pavé sacré. Après eux, d’autres danseurs, hommes et femmes, à l’appel de leurs noms, descendent sur l'arène, et exécutent le touroutou et le hamikohito avec un entrain qui excite toujours dans l'assemblée les koninis les plus frénétiques.
Le moment solennel est enfin arrivé. Deux jeunes kayoï, garçon et fille, au milieu du silence de la foule, paraissent dans l’enceinte, Leur maintien est encore timide , leurs yeux baissés; toute leur personne trahit l'émotion qui les agite. Le pahou résonne et ils s’élancent. Leurs mouvements sont d’abord calmes et incertains ; leur balancement ua peuembarrassé. Mais bientôt le pahou bat avec plus de force, puis il se précipite, et leur danse s’anime; le vertige les saisit, ils touchent à peine la terre de leurs pieds. La vierge de tout à l'heure est maintenant une bacchante , que la passion emporte, que l'ivresse et la fureur entraînent. Son sein palpite et se soulève, ses yeux s’enflamment, sa chevelure vole en désordre, ses pieds frappent le sol en cadence toujours plus rapide ; elle se perd dans un tourbillon où l’œil la suit à peine. Les spectateurs, haletants et craintifs, ne respirent plus ; les tambours eux-mêmes semblent effrayés, ils hésitent, ils se taisent; mais elle, elle ne voit rien, et le mouvement qui l’enlève à la terre paraît s’accélérer encore. Son voile, enfin, se déchire, sa ceinture se rompt, son dernier vêtement fuit, elle tombe épuisée de son délire, La foule se lève comme un seul homme; un immense battement de mains éclate sur les bancs du tokoua.
Un cri est poussé ; les jeunes filles se précipitent hors de l’enceinte , les zayoï bondissent sur elles, renversent tout ce qui leur fait obstacle, s’élancent sur leurs traces, les poursuivent dans les bois, au milieu des rochers, courant chacun après celle qu’il croit s'être choisie, On les atteint enfin, et le mariage se consomme.
Ce mariage est aussi légitime que celui qui est fait par les parents, et il lie les époux d’une manière aussi indissoluble,
(Nous avons extrait cette description d'un petit travail à refaire publié par nous, il y a longtemps, sous ce titre : La Femme dans les temps anciens et la Femme dans les temps modernes.)
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faire franchir, en mémoire de la violence faite aux Sabines, selon Plutarque {.
L'Aventin, d’où nous supposons qu'est partie l’entreprise en question, fut toujours le quartier réprouvé de la ville éternelle. C'était là qu'habitait l’ancienne plèbe. Aulu-Grelle, qui vivait sous les Antonins, à une époque où les vieilles distinctions politiques n’existaient plus, ne comprenait pas que cette colline, alors si peuplée, eût été laissée en dehors du pomœrium*. « On s’est demandé souvent et l’on se demande encore, ajoute-t-il, pourquoi ni le roi Servius Tullius, ni Sylla, qui avaient ambitionné la gloire d'étendre ce pomærium, ni César, quand il l’étendit, n’ont renfermé l’Aventin dans l'enceinte consacrée par les prières des augures $. » Messala, d’après le même auteur, en attribuait le motif à ce que, les oiseaux s'étant déclarés contre Rémus, qui voulait bâtir la cité sur cette colline, on l’aurait toujours considérée depuis comme donnant des augures funestes. Quoique compris dans l’intérieur des murs, l'Aventin était donc en dehors de la cité politique et religieuse. Il ne fut jamais ager romans. Quand la loi Icilia en reconnut la propriété aux plébéiens qui l’occupaient, en le divisant par lots, il n’était qu’ager publicus. Sous les empereurs, alors que le souvenir dés séparations religieuses et politiques était effacé, la colline maudite resta le centre des agglomérations dites du baspeuple, quelque chose d’analogue aux faubourgs Saint- Marceau et Saint-Antoine d'autrefois et aux quartiers de la Villette ou de Belleville de notre Paris actuel. Tout cequi n'avait ni feu ni lieu, étrangers vagabonds, truands et ma-
1 Hd, XVUI.
2. Le pomærium était un espace de terrain libre de culture et de constructions, en dedans et en dehors des murs d’enceinte. La religion l'avait consacré, et il marquait les limites de la cité proprement dite.