Annales, XV
2, L’Antechrist, chap. VIII, p. 199. 3. L'Histoire de Rome à Rome, Introd., p. XXII.
HU
élevé et soutenu parles classes asservies.Romulus et Thésée sont deux types tout à fait caractéristiques à cet égard. L'un et l’autre, fils de pères incertains, ainsi que s'exprime Plutarque ‘, représentent la revendication du droit de cité de l’okhlos (#yhos) ou de la plèbe (plebs) contre l’exclusivisme des eupatrides ou patriciens. « Thésée, dit le biographe grec, ne forma qu’une cité de toute l’Attique, dont il fondit les habitants en un seul corps, » ce qui signifie, en termes plus rigoureux et plus en rapport avec le contexte, qu'il fit entrer dans la cité les masses plébéiennes, jusque-là exclues de toute participation aux droits civils et religieux. Plutarque ajoute, en effet, que le menu peuple et les pauvres accueillirent avec empressement les réformes de Thésée, tandis que les grands ne s’y ralliérent que forcés et contraints, quand il leur eut promis « un gouvernement sans roi », c’est-à-dire, le rétablissement « de la république et de la pure démocratie *. » Romulus, après s'être emparé du Palatin, au lieu de détruire le système du patriciat sabin ou, pour employer un terme plus général, aryen, y associa son monde et fondit la portion plébéienne combattante descendue de l’Aventin avec la société conquise sous la seule et unique dénomination de populus ou « peuple ». Ce peuple, il Le divisa en patrons et clients, et comme, par l'effet de l'introduction des « justes noces > à la suite de l’enlêvement des Sabines, il y eut de « justes enfants », justi liberi, ainsi, par conséquent, que de «justes pères » ou des patriciens, il put organiser un Sénat ou faire entrer dans celui qui existait déjà, en imposant de force ce qu’il croyait être une conciliation, les plébéiens anoblis par leur mariage et l'alliance contractée avec les familles patriciennes. Nous serions assez disposé à croire que ce qui resta sur
“ — 1. Thésée, II.
2. Id., XXII. Le ôñuoc grec, comme le populus romain, était donc
bin différent de la plebs.
cr
VIT ANNA PERENAS 295
l’Aventin auprès de Rémus ou simplement loin de Romulus secomposait de ceux quin’avaient paseu de part dans le rapt des Sabines ou qui refusèrent d'accepter le patronat des parvenus du Palatin. L'épisode de la jeune patricienne «enlevée par des plébéiens» pour le compte de l’un d’entre eux, plus riche ou plus puissant, du nom de Talasius, nous semble caractériser le but et les conséquences du rapt dans le sens indiqué. | Tite-Live a, du reste, un mot qui paraît contenir la raison tout entière de l’enlèvement des Sabines. Après avoir dit que ce fut d’après le conseil des pères, — ex consilio patrum, — que Romulus fit demander le connubium ou droit de mariage pour son monde avec les voisins, il se donne quelques lignes plus bas à lui-même un démenti, précieux à recueillir, en ajoutant que le même Romulus rejeta ce qui s'était fait sur l’orgueil despatriciens : patrum id superbia factum *. Il est possible que par les premiers pères Tite-Live entende ceux qu’aurait créés le nourris-
son de la louve, immédiatement après son établissement
du Palatin et avant le rapt; mais comme on ne saurait admettre qu’il y ait eu des pères, dans le sens rigoureux qu’a ici le mot, avant le connubium, et que, d'autre part, ce fut uniquement pour obtenir le connubium qu’eut lieu l’enlèvement des Sabines, tout l’échafaudage de l'historien latin tombe devant ces seuls mots : patrum id superbia factum. Quant à l’opinion de ceux qui prétendent que Romulus ne visa dans le rapt en question qu’à conquérir de force le droit de mariage avec des voisins, elle peut être autorisée par la manière dont Tite-Live apprécie les faits, mais elle. n’est pas fondée; tout ce qui précède confirme qu'il s'agis= “ sait pour le spurius de la Vestale, un homme sans père,de conquérir le patriciat lui-même. * À ce propos nous nous permettrons une digression qui, [2