‹ Les origines de la religionChapitre 25 sur 219 · I. — QU'EST-CE QUE DIEU? QU'EST-CE QUE LE TOUT · texte numérisé non relu

I. — QU'EST-CE QUE DIEU? QU'EST-CE QUE LE TOUT

idèe dans deux termes différents. Peut-être encore y a-t-il, dans cette association de la chèvre et de l’arbre, quelque chose d’analogue, quoique dans des proportions tout à fait réduites, au mythe scandinave de la chèvre Heidrun broutant le feuillage du Lœærad, l'arbre symbolique du milieu du Walhalla. |

Quoi qu’il en soit de l’origine de la tradition de la Chèvre crevée, l'arbre qui la symbolisait, vu à distance, seul, entièrement isolé sur la montagne nue, était la terreur des petites imaginations. Comme le croquemitaine d’autres pays, cette chèvre redoutable formait, avec un second épouvantail d’un genre analogue, une précieuse ressource pour les mères, qui n’avaient qu'à menacer du monstre pour obtenir la résignation et l’obéissance. Lorsque les grands de l’école, ceux à qui deux ou trois années de plus constituaient une sorte d'autorité sur les autres, racontaient ce qu’ils avaient appris de sa férocité, on les écoutait la bouche béante, le cœur serré ; puis, le soir, dans son lit, on rêvait de la chèvre, de l’arbre aux bras de géant, de la montagne morne, de manière à se donner une de ces bonnes craintes superstitieuses qui rendent si lâche. Or, devenu grand, à mon tour, et ne voulant pas paraître, même à mes propres yeux, le céder à d’autres camarades, qui affirmaient avoir vu l’arbre de près, je résolus de faire, moi aussi, l’ascension de la montagne redoutée et de braver la Chimère. Je m’armai donc de courage, bien décidé à aller jusqu’au bout de mon entreprise, mais en ayant soin, toutefois, à mesure que j'avançais, de m’abriter soit derrière une roche ou un arbuste, rampant sur les mains et sur les genoux, osant à peine respirer et bien moins encore lever la tête, de peur d'attirer sur moi l'attention du monstre. Après bien des efforts, j'arrivai enfin tout suant, tout déchiré, tout meurtri sur le haut de la montagne. Je n'étais plus qu’à quelques pas de la chèvre crevée : un petit mur bas en pierres sèches m'en séparait seulement, et je

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