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pouvais l’apercevoir, sans en. être vu, à travers les jours que laissaient entre elles les assises mal jointes de l'espèce de parapet derrière lequel j'étais blotti. Combien de temps restai-je là? Je ne pourrais le dire. Tout ee que je sais, tout ce dont je me souviens bien, c’est que la surexcitation, la fatigue, la terreur m’avaient immobilisé. Cet arbre plein de mystère, qui était là devant moi, seul, morne, le front baissé comme un maudit où comme un fauve qui guette sa proie, me semblait écouter. Un léger souffle agita son feuillage, et je crus qu’il avait enténdu ma respiration et qu'ilétendait les bras pour m’étreindre: Jele voyaiss’avan cer grave et menaçant : chaque mouvement de ses branches était un pas de plus qu'il faisait vers moi. Un coup de vent l’inclina tout à éoup de mon côté, et il me sembla qu’une lourde main, passant par-dessus le petit mur,s’ap= pesantissait sur ma tête et me saisissait aux cheveux pour m’enlever. Je fis un bond, le mur s’écroula, et je me trou vai debout en face du monstre. Il n’y avait plus à réeuler ;, mes jambes, d’ailleurs, m'eussent refusé tout service. Soit un secret sentiment de cette impuissance, soit tout autre que je ne n’expliquai point alors, comme peut-être le rai dissement que provoque une foree brutale, je fis un pas de plus en avant, je saisis une pierre et la lançai avec colère contre l'arbre. Il ne bougea pas. Mais un souffle agita de nouveau son feuillage, qui se pencha mollement vers moi et effleura ma joue comme d’une earesse. Tout alors se transforma dans ma tête : ce géant magnanime, qui répondait à ma violence par un baiser presque timide, me pénétra d'une telle émotion, que, honteux de mon em portement, je crois qu’en mon âme je lui en demandai pardon. Le monstre s’évanouit : plus de chèvre-erevée. Je n'avais devant moi qu'un puissant doux et bon, qui, loin de vouloir me dévorer, m’entourait d’une ombre tendre et semblait me sourire. Au culte de la force brute et méchante avait succédé celui de la bonté; à la crainte l'amour :