I. — QU'EST-CE QUE DIEU? QU'EST-CE QUE. LE TOUT
ou réaction de la conscience. Si, par le Tout, il avait entendu, ce qui était peut-être au fond de sa pensée, quelque chose de déterminé, comme l’Infini et l'Unité dans le sens que nous venons de dire ; si, par son émiettement du Divin, il n'avait eu en vue que l'analyse d’un ensemble déjà pressenti, le savant auteur de l'Histoire du Paganisme aurait eu tout à fait raison. Peut-être, comme il cherchait surtout à combattre l’idée d’un monothéisme originel, estce bien là ce qu'il a voulu dire. Quoi qu’il en soit, nous devons maintenir que ce n’est point par leurs éléments que les composés sont appréhendés à première vue ; que le détail est une œuvre de réaction, qui ne vient qu'après l'impression générale, et que, par conséquent, la première chose aperçue par la conscience de l’homme, au sortir de l’animalité et du fétichisme, a été l’ensemble universel indéterminé, Océan immense, sans fond et sans rivages, comme nous disions plus hdhte
L'analyse n’a commencé que lorsque l'homme a pu distinguer, pour les épeler à tour de rôle, les traits les plus saillants de la nature: En s’ouvrant à son regard, le monde lui apparut comme un grand livre écrit, dans lequel :l n’apercut que du noir et du blane : tout s’y liait confusément encore. Le jour où il put dire a&, puis b, il eut la clef du mystère : ce jour-là, le premier.et le plus grand dans l'histoire de Phumanité proprement dite, l’homme était tiré de l’animalité. Et le jour où il lia ensemble « et b, pour dire ba, il posa le pied dans la voie spirituelle qui devait le mener à la conscience et, par la conscience, à la conquête de la personnalité libre. Je ne sais quelles sont les destinées futures des espèces animales, et je ne veux rien préjuger à cet égard, mais j'ai de la peine à me persuader que la Création ait dit son dernier mot pour tout ce qui n’est point de la nôtre. Si les types ne sont pas arbitraires, posés une fois pour toutes dans un moment de caprice; s’ils ont leur raison et qu'ils résultent de lois
certaines, ces lois ne sauraient être que les modes nécessaires d'action et de réaction du milieu et du sujet Fun sur l'autre. Or, puisqu'on peut constater que l'action et la réaction se modifient réciproquement dans une: vie individuelle, de la naissance à la mort, 1l y a lieu de conelure qu’elles se modifient pour l’espèce, comme :l y a lieu d’affirmer aussi, d'après l'évidence des faits, que les aptitudes acquises, quand rien n’en contrarie le mouvement, se transmettent par héritage. Les formes animales peuvent rester extérieurement, du moins dans leur ensemble, à peu près ce qu’elles sont ou ne plier que d’un millième de degré par siècle sous l'influence croissante de besoins nouveaux; tout ce que je veux dire, sans vouloir ramener tous les types à un type unique et les faire dériver les uns des autres, c’est. qu’il est possible, pour ceux qui existent aujourd’hui, en supposant des conditions de vie ordinaires, qu'un moment arrive où tel individu de telle espèce inférieure ainsi modifiée aura hérité enfin d’une aptitude organique suffisante pour lui permettre, avec un effort de plus, de distinguer l’& du b dans le livre ouvert devant ui et d’en entreprendre à son tour la leeture. De ce que lanimal est aujourd’hui ce qu’il paraît avoir toujours été dans l'Histoire, on n’est pas autorisé à inférer qu’il demeurera éternellement ainsi. Combien de temps a-t-1l fallu à l’homme pour atteindre à la conscience ? Depuis la période tertiaire, où l’on croit avoir découvert l’œuvre de ses mains !, sinon son fossile même, il s’est écoulé des centaines de siècles de nuit profonde. Dans tous les cas, nous savons que, dès qu’il fut sorti de la vase fangeuse, dans laquelle il eroupissait, et qu’il eut été lancé sur un chemin uni et solide, il avança fiérement et ne tarda pas à laisser loin
E: La découverte de silex taillés intentionnellement dans le miocene Où tertiaire moyen, découverte faite à Thenay (Loir-et-Cher) par
M. l'abbé Bourgeois, témoione de l'existence de l'homme à cette | époque reculé»,