‹ Les origines de la religionChapitre 29 sur 219 · I. — QU'EST-CE QUE DIEU? QU'EST-CE QUE LE TOUT · texte numérisé non relu

I. — QU'EST-CE QUE DIEU? QU'EST-CE QUE LE TOUT

derrière lui ses anciens compagnons de chaîne ‘. Si la loi du sacrifice, cette condition de toute vie, loi invertie pour là plupart des espèces animales en une condamnation qui les soumet à nos besoins naturels ou éxagérés, ne devait pas être pour elles une loi de salut, comme elle l’est pour nous ; si Phomme seul était glorifié dans le Père commun par l’immolation de ce qw’rl y a d’exelusif dans son individualité, j'aurais presque honte de cette partialité de la loi en ma faveur, quelque secrète qu’elle dût rester pour l’animal inconscient. Il y a, au bas de l'échelle des êtres, d’immondes reptiles qui fuiront longtemps encore la clarté du jour et dont il pourrait même être avantageux, dans tellé situation générale donnée, que le commun réservoir de la vie cessât d'alimenter le germe; mais, dans les degrés plus élevés, il y a aussi d’autres animaux, dont le regard attentif, l'oreille obéissante et le maintien vigilant semblent solliciter un rayon de lumière de plus. À ceux-ci rien ne paraît devoir interdire l'espérance. Peut-être l’ont-ils déjà; peut-être, au fond d'eux-mêmes, en sentent-ils un légér frissonnement, prélude du désir et de la conscience !

1. M. de Mortillet, Notes sur le Précurseuwr de l'homme, résume ainsi les lois de là paléontologie :

1° Les animaux varient d’une assise à l’autre, et É faune se renouvelle avec les divers terrains.

20 Les variations sont d'autant plus rapides que les animaux ont une organisation plus complexe, ou, en d’autres termes, l'existence d’une espèce est d'autant plus courte que cette épée oCupe un rang plus élevé dans l'échelle des tres. Ainsi les mammifères, animaux bien plus compliqués que les mollusques, se modifient plus rapidement et plus complétement que ces derniers d'une assise à l’autre. à

8° Les variations ne sont pas radicales, elles sont partielles et successives; aussi les faunes sont d'antant plus distinctes et différentes que les assises qui les contiennent sont plus éloignées les unes des autres.

4 Enfin les variations se rapportent toutes à un plan général, de sorte que tous les animaux trouvent leur place naturelle dans des séries continues et régulières, bien que divergentes, comme s’il y avait filiation entre eux tous. #3

Ce qui a produit l'illusion de certains esprits, en dehors de la théologie même, sur le point de départ de l’idée de Dieu; ce qui leur a fait croire à un monothéisme. primitif, c'est l'unité apparente du commencement divin. Mais un tout réuni n’est pas plus une unité que le panthéisme n’est le monothéisme : le pan et le monon sont les deux extrémitès opposées de l’évolution historique de l'Être. L'unité est un résultat synthétique, éminemment moral, produit par des lois d'harmonie. Aïnsi il n’y a pas unité dans la meule de foin, mais il y à unité dans le bouquet de fleurs: il n’y a pas unité dans le grain de sable, mais il y a unité dans le grain de blé qui se meut et qui vit. Il y a unité dans tout ce dont les parties constitutives, subordonnées les unes aux autres, concourent à une même fin. Cette fin, c’est la raison et la vie de l’ensemble. Dans l’ensemble universel,c’est Dieu: Zarmonica ratio quæ cogit naturam sibri ipsam congruere . Or, pour pouvoir pressentir une fin dans la Création extérieure; pour affirmer dans une même énergie vitale la raison du monde, une analyse, aussi générale qu'on voudra, était indispensable. L’humanité primitive, qui n'avait encore touché à rien, n’a donc pu confesser l'unité vraie du Divin. Aussi n’appellerai-je pas de ce nom le Thian des Chinois, si faussement qualifiés de peuple monothéiste, et dois-je refuser positivement de reconnaître un pareil titre à Jehovah lui-même: ni le monothéisme des Juifs ni celui de l'extrême Orient ne signifient rien de ce que l’on doit raisonnablement entendre par là.

Le Thian ou Ciel chinois a conservé beaucoup de son caractère originel ; car, s’il est qualifié de « grande unité » par le Choue-Wen, qui dérive du signe de l'unité et de celui de la grandeur le caractère composé par lequel on le désigne dans l'Écriture ?, c’est bien plus à cause de la

sPPline,E Ie UIIS ME 2. V. Dict, Chinois de De Guignes, p. 124, n° 1798.

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