I. — QU'EST-CE QUE DIEU? QU'EST-CE QUE LE TOUT
pureté et de l’uniformité de ce qu’il y a de sensible en lui que pour des motifs d’un ordre intellectuel!, Ce Ciel, pa- . rent de Varouna, d'Océan, d'Ouranos et d'Esmoun, plonge encore par sa base dans le sensualisme. « Quelques personnes, dit Tchou-Tseu, prétendent que Thian ne se rapporte pas au ciel azuré; mais, à mon avis, le ciel azuré ne doit pas être écarté de son idée2. » Tchou-Tseu, dont l’hésitation s'explique par les transcendances philosophiques de son éducation, reproduit ici, néanmoins, d’une manière exacte la foi nationale. Il est, toutefois, incontestable que le Ciel a fourni de bonne heure à la spéculation des savants moralistes l’idée de l’unité de la nature et même celle de loi. « Quiconque développe son esprit, dit Meng-Tseu, connaît sa nature ; quiconque connaît sa nature connaît aussi le Ciel*. » Beaucoup d’autres passages du même auteur et de Confucius, son maître, paraissent établir que le Thian-Ming “ ne doit pas s'entendre seulement de l’ordre cosmique, mais d’une sorte de fatuwm, d’un destin qui rattache au Ciel l’universalité des choses, les subordonne à sa loi et les lie, par conséquent, dans une sorte de solidarité générale. Ces considérations, néanmoins , tout élevées qu’elles sont, n'empêchent pas ces mêmes philosophes de faire de l’unité de l’empire une reproduction de l’unité céleste et du Hoang-Ti ou empereur le vicaire du Chang- Ti ou Thian, le Ciel, ce qui rentre finalement dans l’idée exprimée par Tchou-Tseu. Le ciel azuré n’est donc pas écarté non plus par la spéculation transcendante. Pour les Chinois, aujourd’hui, comme autrefois pour les Aryas et les Sémites, le Divin n’est, par conséquent, pas quelque chose d’indépendant de la sensation physique. Aussi, le premier verset de la Genèse n’a-t-il aucun sens pour un
1, « Le ciel acquiert l'unité par sa pureté.» Lao-Tseu, chap. XXXIX. 2. Chap. XLII.