‹ Les origines de la religionChapitre 34 sur 219 · CHAPITRE Il · texte numérisé non relu

CHAPITRE Il

Membra disjecta.

Après la première impression d'ensemble, sous laquelle la conscience de l’homme ne dut pas rester longtemps, après l’adoration du Ciel indéterminé, d’un Tout un et complexe à la fois, dans le sens que nous venons d'indiquer, la réaction menait fatalement à la décomposition du Divin. Tout ce qu’effleura l'observation ou l’analyse, pour en avoir la notion, participa d’abord de la nature divine: le jour était divin, divine était la nuit, divine était la mer, divine était la terre, divins étaient les fleuves, divines les sombres forêts, divines surtout les nuées atmosphériques et les brillantes étoiles qui, des profondeurs du Ciel, semblaient sourire à l’homme. Homère est encore tout plein de ces souvenirs: chaque passage de l’Zliade comme de l'Odyssée rappelle cette pieuse ivresse de la conscience naissante. Suivant une remarque de Bossuet, tout était dieu excepté Dieu lui-même, le Dieu, bien entendu, de cet illustre docteur.

. Le polythéisme, issu de cette première réaction, peut, en effet, jusqu’à un certain point être considéré comme la

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déviation d’un monothéisme primitif, si par Dieu nous en— tendons l’unité purement extérieure du Divin indéterminé. Et si cette réaction fut une révolte de l’orgueil, par conséquent criminelle ; si l’adoration de la nature par suite de la spécification de ce même Divin fut un péché, le péché est la conséquence nécessaire de la conscience. Par la conscience l’homme, ainsi que nous le disions au chapitre précédent, à été séparé de l’ensemble universel indivis, comme Dieu, par la création, qui est son péché à lui, selon une doctrine gnostique, est déchu de l’Absolu et s’est amoindri. La cos-mogonie babylonienne fait de la création le suicide de son auteur. Bel, voulant produire le détail de la vie dans la masse déserte, se décapita et de son sang naquirent les. êtres ‘.

Dans le chapitre IT de la Genèse, le serpent dit à Eve que, « s’ils mangeaient du fruit de l'arbre de vie, ils seraient, comme des dieux * »; et quand le mal a été fait et que l’homme s’est reconnu, Jehovah Elohim s’écrie: « Voilà qu'Adam est devenu comme un de nous! * » Ces paroles ont embarrassé tous les commentateurs. La plupart n’y ont vu qu'une ironie, comme si, par un jeu aussi indigne de lui que cruel, Dieu avait voulu abuser de la faiblesse de sa créature, en lui laissant croire à une vertu qui n’était réellement pas dans le fruit sacré. Du reste, ces commentateurs irrévérencieux sont réfutés par le texte même; car, dans les trois derniers versets du chapitre, il est dit que Dieu, après avoir mis le couple humain à la porte du paradis, « placa des Chérubins armés d’épées flamboyantes à l'entrée du jardin de l’Eden, pour garder le chemin qui menait à: l'arbre de vie, de peur qu'Adam ne retournât prendre du fruit, n’en mangeât ef ne devint immortel. » Ces dernières

1. Bérose, G. Sync , p. 28. B. Euseb. Arm. chron., p. 8, ed. Mai. 2. DIDND DNA eritis ut Dit.

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