II. — MEMBRA DISJECTA
paroles semblent, il est vrai, contredire le verset [7 du ‘chapitre Il, où Dieu dit à Adam: « Tu ne mangeras pas du fruit de l’arbre de la science du bien et du mal, car Le jour où tu en mangeras, tx mourras. » Pris à la lettre, tout cela serait inconciliable. Mais la contradiction n’est que dans la forme : le dernier rédacteur de la Genèse, par ane élaboration toute sensuelle de traditions que son époque ne comprenait plus, a évidemment faussé les textes sur lesquels il travaillait. Dieu, en effet, n’a point menti au verset 17 en question, cela ressort de tout ce que nous avons déjà exposé; et sa prétendue ironie du verset 22, chapitre ITT, est une explication aussi inconvenante que malhabile. Ni menteur ni mystificateur : Ecce enim veritatem dileæisti *. Il n’est done pas permis de douter de la vertu du fruit symbolique, et les paroles du Seigneur doivent être prises au sérieux : l’homme, par son péché, est bien devenu comme un des Elohim ! Or, qu’y a-t-1l au fond de ce mystère ? Comment l'être humain, dont la condition aurait dù être empirée par ce qu’on appelle sa déchéance, a-t-il, au contraire, été fait semblable à un Dieu en perdant le paradis? (
Pour comprendre ces choses, il faut savoir que, antérieurement à Jehovah, dont la haute personnalité n’a accaparé tout le Divin qu’à la longue, il y avait une tradition d'Elohim beaucoup moins transcendante : « J’ai apparu à Abraham, à Isaac et à Jacob comme EL-scHADDAÏ, mais mon nom de Jehovah ne leur a point été révélé ?. » EL estun terme qui veut dire fort et qui s'applique à Dieu, comme à tous les dieux en général: car il s'entend des divinités étrangères aussi bien que de Jéhovah ÿ. Il correspond, en conséquence, pour l'étendue, au latin deus, et comme
Lars 0.