Isaïe, XLIV, 10,15; XLV
celui-ci, il peut avoir un pluriel, qui est effectivement Elo him. Or, ce pluriel, employé seul ou à la suite de Jehovah pour désigner Dieu, n’a pas d’abord êté dans la Bible un simple pluriel d'excellence ou de majesté, ainsi que s’expriment les grammairiens. Qu'il le soit devenu dans une rédaction postérieure des livres saints, c’est un fait qu’on ne saurait contester, mais à l’origine ce ne pouvait être et ce m'était qu’un pluriel numérique. Les Pères de l'Eglise et les théologiens l’ont même si bien entendu de la sorte, qu'ils n’ont pas hésité à s’en faire un argument pour prou-ver la Trinité d’après l’Ecriture. Quand, après une étude impartiale de la Genèse, on a pu constater que la rédaction actuelle n’est que le blocage d’une substruction plus an-cienne de pièces et de morceaux ; que, notamment, les premiers chapitres sont un cousu de fragments appartenant à. diverses cosmogonies et appropriés tant bien que mal à une situation nouvelle, on ne peut se refuser honnêtement à reconnaître que ce qui a précédé le Jéhovisme de la Loi et des prophètes est précisément ce culte de « dieux étran=gers que servirent les pères d'Israël », suivant une re-marque du livre de Josué ‘. Il est vrai que, ici, le livre en question a l’air de reporter le polythéisme des Hébreux aux temps qui précédérent Therach, Nachor et Abraham; mais nous venons de voir, par le passage cité de l'Exode,que celui dont on a fait le dieu unique était inconnu, non-seulement de ces personnages, mais même d’Isaac et de la descendance de Jacob jusqu'à la publication de la Loi. Quelle que soit l’époque où fut introduite la dénomination de Jehovah, il demeure donc établi que ce qui en précéda la généralisation et la transcendance en Israël fut une sorte de polythéisme rétréci, dans lequel les Elohim jouaient le rôle des dieux du paganisme, mais avec prépondérance du