‹ Les origines de la religionChapitre 41 sur 219 · II. — MEMBRA DISJECTA · texte numérisé non relu

II. — MEMBRA DISJECTA

pierre, qu’il mit sous sa tête, et s'endormit. « Alors il fit un songe, et il vit une échelle qui appuyait sur la terre et dont le haut touchait au ciel, avec des Maleakhim Elohim qui montaient et descendaient. Et Jehovah était tout en haut et il Lui dit : « Je suis le Jehovah Elohim d'Abraham, ton père, Elohim d’Isaac, et la terre sur laquelle tu es couché, je te la donnerai, à toi et à ta race.» Le songe fit encore à Jacob les promesses de richesse et de puissance dont la perspective se présente toujours à l'esprit du malheureux, qui, fuyant une destinée menaçante, n’a d'autre préoccupation que le salut : c’est pour les pauvres que sont les rêves d’or. Aussi, à peine réveillé, Jacob s’écria-t-il : « Sûrement Jehovah est en cet endroit, et je ne m'en doutais point. » Et il fut saisi de crainte, et dit : « Que ce lieu est redoutable ! Il n’y a pas ici moins qu'une maison de dieux,— Beith-Elohim,—et c’est la porte du Ciel ! » Puis il se leva, prit la pierre qu’il avait eue sous lui, l’érigea en monument et, toujours d’après le récit biblique , il versa de l'huile dessus. Après quoi, l’homme qui, pour reposer sa tête, n'avait eu qu’une pierre, donna fièrement au désert où il se trouvait, et qui devient tout à coup une sorte de ville, le nom de Bethel, au lieu de celui de Louz, que l'endroit portait auparavant. Plus loin, au chapitre XXXV, la Genèse n’en laisse pas moins entendre que le nom de Bethel ne fut donné à Louz que bien longtemps après, quand Jacob était déjà vieux et qu’il avait tous ses enfants grands et pour la plupart mariés. Puis elle ajoute : « Dieu apparut encore à Jacob depuis son retour de Mésopotamie ; ille bénit et lui dit : Ton nom ne sera plus Jacob, mais Israël. » Et à la suite des promesses d'usage qui accompagnaient chaque apparition, « Dieu se retira et Jacob dressa un monument de pierre à l'endroit où il lui avait parlé ; il y fit des libations et versa de l’huile dessus, et il appela ce lieu Bethel. » Ceci se passait peu de temps avant la mort de Rachel, puisqu'il est dit, immédiatement après, que, au printemps suivant, Jacob alla à Bethléem,

où son épouse bien-aimée mourut des suites de ses couches. D'autre part, cependant, le chapitre XXXIT fait remonter l’origine de la dénomination d'Israël à la fameuse lutte que Jacob, revenant de Mésopotamie, eut à soutenir sur les bords du Jabok avec un « homme » qu’il vainquit et à qui il demanda sa bénédiction, sans le connaître et sans avoir pu obtenir qu'il lui dit son nom, ce qui n'empêcha pas le patriarche de s’attribuer lui-même celui d'Israël, qui signifie le combattant de Diew ou le Dieu combattant, et d'appeler Pheniel ou l'apparition de Dieu le théâtre de la bataille. Ces incohérences ne permettent pas de prendre pour ce qu'ils disent les récits de la Genèse. Après avoir, en conséquence, écarté des explications aussi évidemment contradictoires, il ne reste de tout ce qui vient d’être exposé que ces seuls faits, à savoir que le Beth-El ou Beth-Elohim était une simple pierre debout ou une réunion de menhirs ; que Dieu, dont la pierre portait le nom, y résidait, et que l'endroit où elle était plantée, saint et redoutable, formait une véritable cour de dieux, le terme de porte du ciel, employé pour désigner le lieu où apparut en songe l'échelle mystérieuse, ayant exactement le sens de cour céleste ; que, par conséquent, le Bethel à l'occident de Haï, ceux de Louz, des montagnes d'Ephraïm, de Schiloh, de la rive gauche du Jabok, de Bethléem, etc., tout autant de centres religieux, ne différaient en aucune facon des bétyles chananéens et araméens, qui étaient de même des pierres ointes, dans lesquelles résidait un numen : Aïtôou éubüyouc. Si le nom : d'Héliopolis, donné par les Grecs au grand sanctuaire de Baalbek, dans le Liban, doit se lire plutôt ‘Lou zou, comme l'écrit l'Æfymologicon magnum, il en faut conclure que ce sanctuaire était, à l’origine, un Bethel, — Deith-[Lou, — ce qui, du reste, paraît bien ressortir de ce fait, rapporté par Damascius', que, près d'Hélopolis de

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