VI PRÉFACE
les faits nombreux que nous apportons à l'appui. De notre exposition, en effet, il devra ressortir que les actes de nature n’ont pas de moralité isolément et qu’ils n’en acquièrent une que comme actes humains, en se posant avec conscience dans un milieu ordonné, d'accord ou en opposition avec la mystérieuse eurythmie d'ensemble dont il a été question plus haut. Autrement, ce serait pour l'esprit un sujet de profondé confusion que de voir, par exemple, le culte des pudenda de la femelle et du mâle produire des ascètes, des confesseurs et des martyrs, comme en ont produit les religions les plus spiritualisées. Car la matrice et le fascinus ont eu des dévots dont la piété, douce ou violente, le mysticisme, les extases, les pénitences et les macérations ne le cédaient en rien à ce que les cultes métaphysiques nous offrent sous ce rapport de plus exagéré. On s’est circoncis, on s’est mutilé, on s’est déchiré le corps et on l’a « réduit en servitude » pour la plus grande gloire des pudenda divins, comme on se châtie et se discipline pour la gloire d’un dieu transcendant et plus pur. Et ce fascinus, que le lingaïte de l’Inde méridionale porte aujourd’hui encore sur son cœur, ainsi qu'ailleurs on porte une croix ou une médaille de l’Immaculée Conception, on l’adorait, on l’invoquait avec tout l’attendrissement onctueux des dévotions claustrales. Il y a dans les légendes de Basawa, le restaurateur du Lingaisme civaïte, et de son neveu Tchanna-Basawa, son apôtre et le propagateur de sa réforme, une foule de traits d’édification instructifs à cet égard. On y voit le Linga, principe de vie morale comme de vie physique, monter par tous les degrés de la spéculation et s'élever jusqu'aux hauteurs où trône « Celui qui,