‹ Les origines de la religionChapitre 52 sur 219 · II. — MEMBRA DISJECTA · texte numérisé non relu

II. — MEMBRA DISJECTA

Que peuvent donc être les dieux du Paganisme, dans ces données traditionnelles? Des parvenus: selecti dit, Qu'est-ce que Dieu, le Dieu catégorisé qui les synthétise, comme, par exemple, ce Jupiter développé et éternellement progressif de Cléanthe? Le premier d’entre nous tous, primus inter pares ; un vrai père de famille, dont nous sommes les rejetons naturels, Jovis incrementa, appelés à collaborer avec lui à l’œuvre infinie du monde ; un chef de file, un maître-ès-arts, qui nous donne l'exemple de toutes les vertus actives et qui, bien mieux que Jehovah, eût pu dire : « Soyez saints comme je suis saint. » Ce n’est point, en effet, le Dieu surnaturel des Juifs qu’il soit possible de proposer pour modèle à l’humaine nature. Encore un pas de plus, et si le temps leur eût été laissé de tirer les dernières conséquences de leur tradition, les Grecs auraient ajouté: Notre Jupiter, c’est la divine Unité, dans laquelle se résolvent tous nos dieux et qui sollicite toute créature de bonne volonté. Mais c’est aussi notre idéal messianique, celui qui, par ses travaux, a conquis sa personne d’abord, puis la divinité, et qui nous a ouvert une voie dans laquelle il faut le suivre, si nous voulons vivre de la vie éternelle, qui est la sienne. Ce qu’il est, il ne l’est point sans raison, par un principe de hasard. Suprême parvenu, ne devant qu’à ses efforts tout ce qu’il peut être encore, il n’a point à redouter les protestations de notre conscience contre l’injustice d’une béatitude inexplicable. Ce qu'est notre Dieu, il est juste qu’il le soit, et en le reconnaissant comme nous le faisons, sans contrainte, par le seul effet de l’évidence, nous lui rendons un culte rationnel et juste, le culte qui lui est réellement dû.

Spiritus intus alit, totamque infusa per artus

Mens agitat molem, et magno se corpore miscet. Inde hominum pecudumque genus vitæque volantuin, Et quœæ marmoreo fert monstra sub œquore pontus. Tgneus est ollis vigor, it cœlestis origo Seminibus.,:....

Quant au Dieu infini, sans borne ni mesure, sans catégories et sans aucun rapport ni avec le temps et l’espace ni avec nos moyens d'observation et d'analyse, insaisissable, par conséquent, pour la pensée de l’homme, ainsi que nous nous exprimions plus haut, les Grecs ne le connurent jamais ou, du moins, il ne fut jamais populaire chez eux.

En disant aux Athéniens qu’il venait leur annoncer un Dieu inconnu, « Celui qui a créé le monde et tout ce qui est dans le monde‘, » saint Paul ne croyait peut-être pas parler aussi exactement qu’il le faisait en réalité. Le Créateur, qui a produit de rien toutes choses, est une idée étrangère, qui, jusqu’à la prédication de l’Apôtre, n’était encore venue à l’esprit d'aucun Grec : il n’y avait pas d’éléments à prémisses pour une conclusion de ce genre dans la tradition hellënique. Je doute que le Christianisme eût été si facilement accepté du monde gréco-romain, paien comme il l'était toujours, quelque étendue que l'on suppose la diversion opérée par les transcendances Æ l'École platonicienne, si la nouvelle religion n’avait eu à mettre à la place des dieux que l'unité contradictoire d’un absolu creux et vide. Ce fut la classification de la Trinité qui fit la fortune des nouveaux dogmes en tirant Dieu de cet absolu inabordable. Encore, dans cette Trinité, est-ce le Fils qui à fait passer le Père et le Saint-Esprit, l’un et l’autre, du reste, assez délaissés dans Je. culte , de sorte que, proprement parler, le christianisme, en dehors de la spéculation théologique, n’est que la religion de l'Homme- Dieu. Aussi, est-ce avec raison que, au sacrifice de la Messe, qui résume toute la religion chrétienne, le prêtre et les fidèles réservent leur adoration pour le Dieu incarné et que les genoux ne fléchissent qu'à ces paroles : ET HOMO FACTUS EST !

L'objet de cette étude n'étant pas de poursuivre dans

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