II. — MEMBRA DISJECTA
sages de l’ancienne Grèce, Thalès, Démocrite, Pythagore, Xénophanes, l'unité divine fut quelque chose de pressenti on reconnaît dans la manière dont ils semblent avoir envisagé la création un commencement de synthèse. Mais ce qui n’est pas moins certain, c’est qu'ils ne sont arrivés à cette vue supérieure que par le groupement d’un ensemble de phénomènes qui leur ont paru se lier en une sorte de solidarité. Tout montre, en effet, que leur unité divine est
une synthèse ébauchée de forces ou même de lois naturel. les, puisque c’est la généralisation de faits observés et
d'énergies constatées, comme le feu ou Agni, le soleil ou Sourya, les eaux ou Ap, l’éther ou Indra, le jour ou Dyaus, le ciel ou Varouna, etc. En fondant les nuances d'idées contenues dans ces diverses dénominations, pour leur faire produire, sous la forme de telle d’entre elle, une sorte de généralité définie, les richis, auxquels fait allusion M. Max Müller, n’ont fait que suivre le procédé naturel qui ressort de ce qui à été exposé jusqu'ici. Si cette ébauche de synthèse est du monothéisme, on doit reconnaître qu’elle est
postérieure à la conception primitive du Tout indivis et à
la spécification de ce même Tout par l'analyse et le polythéisme. En conséquence, loin de justifier l'hypothèse d'une révélation originelle ou d’une intuition à priori de Dieu, comme le pense M. Max Müller', ces prétendus retours à l'unité, dans les conditions que l’on dit, sont plutôt une confirmation de la thèse contraire. |
L'auteur de la Mythologie des nations aryennes, M. George Cox, n’est pas plus heureux, de son côté, dans
le choix des faits qu'il cite à l'appui de la même hypothèse.
d’intuition à priori de Dieu. Ce savant est d'avis que
l'hymne suivant à Varouna, dont il fait avec raison, du.
reste, le dieu le plus ancien du panthéon védique, ne gapeut émaner que d’une conviction monothéisme :
je CH, 358.
à AR
« Ne permets pas, Ô Varouna, que j'entre dans la maison d'argile : aie pitié de moi, Ô tout-puissant, aie pitié de moi!
« Sije vais tremblant comme un nuage poussé par le vent, aie pitié de moi, Ô tout-puissant, aie pitié de moi !
« C’est par manque de force, Ô Dieu fort et brillant, que: je me suis égaré dans ma voie : aie pitié de moi, à tout puissant, aie pitié de moi!
« La soif est venue sur l’adorateur, quoiqu'il fût au milieu des eaux : aie pitié de moi, à tout-puissant, aie pitié de moi!
« Toutes les fois que nous autres hommes, Ô Varouna, nous commettons une offense devant l’armée céleste, toutes. les fois que nous violons la loi par négligence, aie pitié de nous, Ô tout-puissant, aie pitié de nous! »
Cet hymne est incontestablement tout aussi pénétré d'esprit religieux que le fameux psaume 50: Miserere mei, Deus, secundum magnam misericordiam tuam. Mais. parce qu’il y a ou paraît y avoir dans cet aveu de dépendance de l’adorateur vis-à-vis du Divin un sentiment de vraie religion, il ne faudrait pas en conclure tout de suite que le rischi a eu réellement en vue la solidarité qui relie toutes choses dans l’unité de ce même Divin. Il n’est jamais venu à l’idée de personne de rien inférer de sem-— blable de la prière du nègre à son fétiche, auquel il prête pourtant, lui aussi, la toute-puissance, dont il espère tout et qu’il invoque dans tous ses besoins, lui demandant même pardon des offenses qu’il croit avoir commises envers lui. Certes l’objet du culte, dans l'hymne védique précité, est. autrement noble que celui du fétichiste ; mais la religion. dans le sens rigoureux du mot, n’est pas tellement liée par son objet, qu’elle ne puisse s'élever au-dessus de lui. Dans son intéressant Voyage au pays des Nègres, M. Anne Raffenel raconte ce qui suit: |
« La seule pratique religieuse que j'aie vue aux Bam-