II. — MEMBRA DISJECTA
baras est une prière adressée simultanément à Dieu etaux mânes de leurs ancêtres. Je me souviens d’avoir surpris Niany (un vieux nègre) remplissant ce devoir de dévotion. Je ne pus rien voir; car le bonhomme se cachait de moi, mais M. Panet (un compagnon de voyage), qui l’intimidait moins, fut plus heureux. Le vieillard était à genoux à la porte de l'enceinte extérieure (de la case); il avait la tête découverte, tenait d’une main une poule, de l’autre un couteau, et disait à haute voix: « Mon père et ma mère < accomplissaient un sacrifice pareil à celui que je vais « t’offrir aujourd’hui, à mon Dieu ! Toujours tu as exaucé « leurs prières, et depuis que le sable couvre leurs os, « j'ai pu moi-même me convaincre que tu avais conservé « au fils la bienveillance que tu accordais au père en récom- « pense de ses sacrifices et de ses prières. Puisse-t-il en « être de même aujourd’hui, Ô mon Dieu! > Un autre jour je vis encore Niany se préparer à quelque pratique semblable, et j'envoyai un homme pour me rendre compte de ce qui se passerait. Niany alla au même endroit avec une calebasse de mil cuit. Il se découvrit encore, s’agenouilla de même et dit cette prière : « Je te recommande, Ô mon « Dieu, mon fils aîné, absent pour nos besoins à tous. « Accompagne-le dans son voyage et accorde-lui la grâce « d'obtenir ce qu’il est allé chercher. Éloigne de lui les « méchants et préserve-le de tout malheur, afin qu’il « puisse franchir de nouveau cette porte par où il est sorti « et devant laquelle je suis agenouillé. Je t’implore, à mon « Dieu! pour que tu le rendes à mon amour et à celui de « sa mère, de ses frères et de ses sœurs. >» Un soir, ajoute M. Raffenel, je vis le même vieillard sortir de sa poche un objet enveloppé d’un chiffon sale et tout souillé de sang coagulé. Il se plaça à la porte de sa case, se découvrit, s’agenouilla exactement comme il avait fait en s’adressant à Dieu et aux mânes de son père, et prosterné devant son bouri (fétiche), récita une longue prière. J'avais
FLE D.
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envoyé des hommes rûder autour de lui afin de saisir les paroles qu’il prononcerait, mais il parlait si bas, qu’on ne put les distinguer. Il prit ensuite du mil préparé dans du lait et le fit couler devant le fétiche. »
M. Raffenel pense que la.prière du nègre à son bouri fut, dans cette dernière circonstance, exactement du genre de celle qu’il avait adressée au Dieu musulman. Il est certain que l’offrande fut la même : un peu de mil préparé avec du lait. Le sang coagulé dont le fétiche était tout souillé indique, du reste, qu’à lui aussi devait être offert souvent quelque sacrifice de poule ou d’autre animal. Dans l'esprit du vieux Bambara, Allah et le fétiche étaient de même condition, ce qui confirme la distinction que nous avons cru pouvoir établir entre la religion et son objet, quoique nous soyons loin de nier l'influence de l’un sur l’autre et bien moins encore la nécessité d’épurer la religion par la constante recherche de ce qui est véritablement.
Les auteurs qui ont cru à un monothéisme originel chez les Aryas ont étayé leur hypothèse sur un fait encore à prouver, celui de l’existence de la notion du péché dans l'esprit des populations primitives. Ce fait, suivant eux, serait suffisamment établi par l'hymne à Varouna cité plus haut et par quelques autres en petitnombre, dans lesquels, en effet, le rischi demande pardon des oïffenses commises et des violations de la loi. Il est certain que la conscience du péché considéré comme violation de la loi divine des mondes, non plus seulement comme violation d’une simple loi positive ou préjugée par imagination, serait un très fort argument à invoquer à l’appui de la thèse; mais rien n'autorise à penser qu’elle soit, dans les hymnes où elle se révèle, quelque chose d’originel ni même qui puisse être entendu dans un sens aussi large. M. Haug a déjà fait la remarque fort juste que les hymnes « exprimant l’aveu de péchès commis » appartiennent à une époque relativement