II. — MEMBRA DISJECTA
récente, et le savant éditeur du Rig-Véda, M. Max Maller, en posant que des chapitres, des livres même tout entiers du Recueil sont évidemment, par la pensée et le langage, d’une période secondaire, ? ne peut lui-même faire allusion qu'aux hymnes dont il vient d’être question. Du reste, pour retrouver la pensée religieuse des premiers Aryas, c’est dans la comparaison des mythologies congénères, en Grèce, en Italie, chez les Celtes, les Germains, les Slaves et les autres fractions de la même famille, qu’il la faut chercher, ce qui nous reporte à une époque où, le langage védique ayant une forme plus générale encore que celle des hymnes actuels, ceux-ci n’existaient point ou n'étaient qu'à l’état d’ébauche. Or, nulle part, dans les mythologies de la famille aryenne, l’idée d’une loi divine des mondes, dont le péché serait tenu pour une violation, ne se trahit par rien. Il faut descendre jusqu’à la période philosophique, en Grèce, à une époque de deux ou trois siècles à peine plus rapprochée de nous que celle où paraissent avoir été composés les hymnes les plus récents du Rig Véda, ceux, par conséquent, où est exprimé l « aveu de péchés commis, » pour constater l’idée d’une loi morale religieuse. Jusque-là il semble que la pratique de la plupart des sociétés d’origine aryaque, notamment des sociétés grecques, ait instinctivement tenu le juste pour quelque chose de même catégorie que le beau ou le vrai, auquel on adhère spontanément, par cette loi de nature que Pline appelle la raison harmonique du monde : Farmonica ratio quæ cogit naturam sibi ipsam congruere. Ÿ
Au risque de paraître m’éloigner un peu de mon sujet, je tiens à insister sur cette dernière observation. Je citerai done un exemple qui, tout en montrant que les hommes
1 Trad. de l'Aitareya Brahmana du Rigveda.