II. — MEMBRA DISJECTA ya
<« qu'oses-tu faire ? Tu chasses les hôtes de mon temple! » Mais Aristodique reprit sans hésiter : « O roi! puisque tu <« prends tant d'intérêt à tes hôtes, devais-tu ordonner « aux Cuméens de livrer le leur? >» De retour à Cumes, l'ambassade rendit compte de sa mission, et les Cuméens, persistant dans leur résolution de ne point livrer Pactyas, le firent partir pour Mytilène, où ils allérent même le reprendre ensuite, à la nouvelle du danger qu’il y courait, pour le transporter de là à Chios, dont les habitants furent moins généreux !.
Cet exemple, si simple et pourtant si fécond en enseignements, est une preuve éclatante de l'indépendance naturelle de la conscience, ainsi que je m'exprimais plus haut, et montre en même temps que, pour cette même conscience, j'entends la conscience libre, la seule qui en soit une et qui implique une responsabilité morale, la loi n’a réellement d’empire que si elle en est l'expression, un reflet, par conséquent, de la pensée humaine. En rapprochant la noble protestation des Cuméens de ce que lon appelle l’obéissance d'Abraham *, toujours loué dans les églises pour un acte dont aucun chrétien de notre race ne voudrait certainement charger sa conscience, dussent tous les miracles imaginables conspirer contre sa raison pour essayer de la convaincre du commandement divin; en la rapprochant encore de la malédietion que s’attira Saül, pour être resté fidèle à la parole donnée par lui au malheureux Agag *, on a une éclatante illustration de la différence qui sépare la race de Prométhée, le ravisseur du feu céleste, de celle dont le Dieu n’avait de loi que sa volonté et qui à pu dire, sans soulever aucune réclamation : « C’est