‹ Les origines de la religionChapitre 61 sur 219 · II. — MEMBRA DISJECTA Vie · texte numérisé non relu

II. — MEMBRA DISJECTA Vie

chimères, monstres ailès, gargouilles grimaçantes, figures contournées, la plupart laides ou grotesques, sans vie ou uniformément animées, par conséquent sans personnalité. Partout ignorance du vrai rapport des choses et des parties constituantes entre elles; partout l'horreur de la nature, l’inintelligence du beau dans l’homme comme dans toute réalité extérieure. On dirait un conte de fées, une de ces légendes merveilleuses, dont l’enfance et la vieillesse des individus et des sociétés se repaissent avec passion et qui tiennent en éveil leur curiosité, mais où le jugement esthétique a généralement peu de prise. C’est encore, quand il y à intention d’imiter quelque chose, comme un bouquet de fleurs artificielles aux nuances d’or et d'argent, cueillies au Paradis ou au Jardin des Hespérides : fleurs mortes qui n’en sont point et que l'enfant et l'agreste admirent précisément pour cela, mais auxquelles un âge plus formé et une sensibilité plus vraie préfèrent le charme infini des mille détails harmoniques vivants de la fleur naturelle. Dans l’art grec, l’ensemble est une véritable unité synthétique, un organisme, quelque chose comme un tissu cellulaire où le moindre détail a sa vie et occupe sa vraie place ; dans l’art symbolique, il n’y a pas de vie pour le détail, qui aurait pu être facilement autre qu’il n’est. Et ce que le mysticisme, la démonologie, l’effrénement des sens et de l'imagination ont produit dans ce moyen âge de notre histoire, la fantaisie du mystère l'avait déjà produit aussi en Égypte, en Asie, dans l'Amérique centrale, partout où le symbole s'était substitué à la vérité. L'architecture, comme la plastique, n’est généralement là encore qu’un enchevêtrement fantastique de toutes sortes de choses sans cohésion naturelle, assemblage d’impossibilités dont la gigantesque et sévère grandeur, l'immense travail et le vague infini s'imposent fortement à la sensation, troublent même un instant la pensée, mais qui ne résiste guëre à l'analyse. En présence de ces titanomachies, on demeure

frappé de stupeur, comme si l’on avait devant soi une de ces luttes des éléments dans lesquelles tout se heurte et se combat; mais quelque impression que nous puissions en recevoir, selon les dispositions de notre âme, il n’y a pas lieu de s’y méprendre ; ces confusions violentes n’appartiennent pas plus à l’art que les légendes mystiques ellesmêmes qui les ont inspirées. Si l’art, en effet, est créateur, il n’en admet pas moins la nature, ainsi que nous le disions plus haut. Sans la tenir pour un absolu inviolable qu'il ne puisse modifier, loin de la supprimer, il en fait son appui, y imprime le sceau de l'esprit et l'élève à la hauteur de l’idée. Aussi les fchaïtyas ou temples-rocs d'Élephanta, d'Ellora, de Kennery, dans l'Inde, quelque admiration qu’ils provoquent, ne sont-ils, en fin de compte, qu'un chapitre des Pouranas ; les spéos égyptiens, de som bres hyéroglyphes sacrés ; les colosses d’Angor-Vat, dans l’Indo-Chine, etles masses symétrisées de Palenque, d’Uxmal, de Mitla, dans le Yucatan, probablement encore des formes de mystères.

Pour résumer ce chapitre, on peut donc affirmer que, dans les données traditionnelles où l’on ne constate pas de déviation par suite de l’intervention doctorale, le Divin reste entièrement naturel. Dans notre race aryenne en particulier, ce n’est évidemment que sous l'influence d’idées étrangères qu’il a pu se laisser accaparer par une personnalité exclusive indépendante, souveraine et seule absolue , sous le nom de Seigneur et de Providence. Le Divin, dans toutes les ramifications de cette famille , est inhérent à la nature et ne réside qu’en elle ; les dieux en sont doués dans des proportions qui peuvent varier depuis celui des dieux enfants jusqu'au Divin des maîtres du ton nerre, mais il ne leur est pas exclusivement propre. Cassandre, pour avoir repoussé l'amour d’Apollon, est punie de la perte de son crédit; personne ne l'écoute, on ne la traite plus que « comme une vagabonde, une magi-

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