‹ Les origines de la religionChapitre 62 sur 219 · II. — MEMBRA DISJECTA · texte numérisé non relu

II. — MEMBRA DISJECTA

cienne de carrefour ‘;»> mais le Divin n’en est pas moins demeuré en elle, et l’on sait par l’'Agamemnon d’Eschyle de quelles terribles angoisses la vue de l'avenir torturait son âme.

De même que Cassandre, la Sibylle prophétisait par une vertu qui lui était propre; le Divin lui était adhérent comme la chair l’est aux os. Rien de plus précis que le témoignage de Virgile à cet égard :

Bacchatur vates magnum si pectore possit Excussisse deum.….. 0.2

La Sibylle était bien en certains endroits, comme à Érythrées, à Cumes, au service d’Apollon, mais elle voyait par elle-même, et le dieu n’était que Son autorité extérieure. Dans les funèbres visions de son Dies irc, l'Église elle-même , continuant sur un autre terrain la foi traditionnelle de la Grèce et de Rome, a rendu témoignage à l'indépendance du vaticinium prophétique :

Dies iræ, dies illa, Solvet seclum in favilla, Teste David cum SIBYLLA.

Ici, la Sibylle n’est plus évidemment le mediwm d’Apollon ni d'aucune autre dénomination paienne : elle n'avait pas été non plus l’inspirée du Dieu d'Israël, comme le Roiïi- Prophète. C'était donc de sa poitrine même qu’elle tirait le divin.

Les pythies avaient aussi le Divin en elles, et ce qui montre bien qu'il ne leur venait pas du dieu auquel appartenait le sanctuaire, c’est que la surexcitation extatique,

Page 1