II. — MEMBRA DISJECTA
Divin surnaturel, Brahma n’étant, dans ce dernier système, R que l’âme une et multiple du monde. Dans l’un et l’autre cas, c’est toujours le panthéisme: ou l’unité dans la diversité apparente ou la variété réelle dans ce qui est un au fond, mais nulle part Dieu et le monde, chacun avec sa vie et ses mouvements propres. Nos savants ou plusieurs d’entre eux, accoutumés à ne voir Dieu que sous la forme chrétienne, sont généralement disposés à traiter la Sänkhya d’athéisme, sans paraître se douter qu’elle est incomparablement plus que le Vedänta dans la tradition védique, Dans la Sâänkhya, en effet, les dieux restent invariablement ce que les Védas les ont faits, de simples énergies natu- : relles liées à la création, tandis que, dans le Vedänta, les dieux védiques ne sont que des fantômes, les spectres du Divin. Du reste, quelle que soit la spéculation des écoles, la pratique religieuse, ramenant la pensée dans la voie traditionnelle, a concréfié partout les abstractions du Brahmanisme, de sorte que, d’un bout à l’autre de l'Inde, les dieux que l’on adore sont toujours des puissances plus ou moins modifiées, qui n’ont d'action sur le monde et n'existent réellement que par leurs avatdras ou incarnations.
Au fond, il n’y a donc rien, dans le brahmanisme comme dans le védisme, qui diffère, pour, la manière de concevoir la nature divine, de l’Hellénisme mythologique, non plus que de l'Hellénisme philosophique. Or, cette manière de concevoir ne se relie par aucun point à l’idée sémitique d’un Dieu qui vit, seul vraiment vivant, en dehors d’une nature desséchée, qu’il a rejetée loin de lui, après l’avoir produite, et qu'il a produite, non pas de sa propre substance, mais de rien et de moins que rien encore, conservant pour lui seul tout le Divin et n’en départant çà et là quelques bribes à ses misérables créatures que par une grâce toute bénévole, à laquelle il n’est nullement tenu. Après comme avant le péché du premier homme, la vie,
dans les idées sémitiques, devenues chrétiennes, est un fonds qui n'appartient qu’à Dieu seul; car l’immortalité surnaturelle d'Adam et d Eve, dans ke Paradis terrestre, était liée à l’état de simple grâce dans lequel ils avaient été créés.