‹ Les origines de la religionChapitre 68 sur 219 · III. — EX VIRTUTE CAUSA · texte numérisé non relu

III. — EX VIRTUTE CAUSA

dire un « dieu », terme qui a d’abord signifié « fort »; mais, si l'expression se contente le plus : souvent de reproduire l’aspect concret de l’objet, comme, chez les peuples de race aryenne, le qualificatif deva, dont le sens est celui de « brillant », la nature du culte ne permet pas de douter que ce ne fût à une force naturelle qu’il s’adressât.

Tant qu’elle se maintint dans ces conditions, la religion

dut conserver une très-orande liberté de mouvements.

D'un caractère ondoyant et vague, comme la sensation qui les avait produits, les dieux ne furent pas tout de -suite les individualités aux contours arrondis etaux traits forte ment accentués que présente la fable: ils se touchaient souvent par bien des côtés, et c’est ce qui explique la facilité avec laquelle, dans les hymnes du Rig-Véda, beaucoup de dénominations divines paraissent croiser les unes sur les autres et prêtent à tant d’interprétations. Aussi le prêtre, au début, n’avait-il rien du docteur ou théologien. C'était, lui encore, comme toutes les autres énergies naturelles, une individualité un peu plus pénétrée de divin que telle ou telle autre : médecin, magicien, évocateur, devin, sorcier, et bien souvent aussi le montreur et l’exploiteur de son dieu. L’ancienne Grèce abonde en souvenirs de ce genre : les deux frères Melampos et Bias, Adraste, Amphiaraos, Alemæon, Amphilochos, Polypheides, Theoclimène et Polyidos, de la race fatidique des Amythaonides, étaient tout ce que nous venons de dire. Le divin résidait en eux, non point comme une immanation sacramentelle, mais comme une vertu qui leur était propre: ce qui le prouve bien, c’est que, si l’un d’eux s’enrôlait sous la bannière d’une divinité particulière, comme Melampos, qui, après sa rencontre avec Apollon sur l’Alphée, s’engagea au service de ce dieu, pour passer ensuite à celui de Bacchus à Argos, il n’en conservait pas moins la faculté de résilier son contrat sans rien perdre de son pouvoir. C’est donc comme magicien que le prêtre

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a généralement commencé, entouré d'autorité, dans le principe, quand l’opinion n’avait pas d’autre organe que lui et qu’il résumait toute la science de son milieu social ; et c’est par là aussi qu’il finit souvent, mais alors dépouillé de prestige et de crédit, quand le progrès des connaissances et les développements de la comparaison ont fait relèguer ses recettes parmi les formules du Rimario et que, de . savant qu’il était, il se trouve amené peu à peu, par le seul = à ce de. son invariation, à ne plus être qu'un empirique de foire. “Les Corybantes et les Metragyrtes, après avoir été les pontifes puissants et vénérés de la grande Mère des dieux, à laquelle ils sacrifiaient jusqu’à leur virilité, n’é- ‘taient j plus sous les empereurs romains que de misérables eunuques à qui on donnait publiquement le fouet ‘. Aujourd’hui encore chez les Nègres d'Afrique, dans les forêts de l'Amérique du nord et du sud, dans les îles de la Polynésie, partout où l’on constate un degré moins avancé de spéculation religieuse, le prêtre n’est qu’un magicien. Pour trouver un semblant de sacerdoce, il faut descendre jusqu'aux époques où, les sociétés commençant à se grouper sous certaines lois positives, le culte prit une sorte de caractère public. Encore, à ce début, les sacerdotes n'étaient-ils que des desservants, de simples ministres des autels, des ordonnateurs de sacrifices, des custodes plus ou moins autorisés des choses saintes, mais qu'aucune hiérarchie ne reliait entre eux. Le vrai sacerdoce, non plus seulement la garde des sacra ou le soin des liturgies, mais l’enseignement et la doctrine, ne peut dater que de l’époque où la spéculation commenca à réagir contre l’idée originelle de force et où se posa enfin l’idée toute transcendante de cause. Il est fort probable que les premiers abstracteurs de cette idée furent ces mêmes famuli qui, par la puissance magique dont on les supposait doués, paraissaient

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