‹ Les origines de la religionChapitre 69 sur 219 · HI — EX VIRTUTE CAUSA · texte numérisé non relu

HI — EX VIRTUTE CAUSA

commander au Divin dans là nature et qui devaient, en conséquence, avoir toute autorité pour en expliquer les secrets mouvements. Ce qui le fait conjecturer, c’est que

les premiers prêtres des cultes spéculatifs ne furent pas

de simples docteurs, mais qu’ils joignaient à l’enseignement

les pratiques théurgiques. x

L'animal paraît indifférent à la provenance de ce qui frappe ses sens. Son regard s'arrête à ce qu'il voit immédiatement, sans rechercher, par exemple, d'où a pu venir le trait qui est tombé devant lui. L'animal n’est pas curieux, ie Cette indifférence de la bête relativement aux causes, l’homme dut la partager longtemps. Aujourd’hui encore le … premier mouvement des natures peu développées, à la vue. de tout ce qui leur paraît étrange ou même nouveau dans un effet quelconque, est moins d’en rechercher la cause rationnelle que d’y supposer quelque force magique. Que

de savants, d’inventeurs et de novateurs n’ont-ils pas, il y

a si peu de siècles encore, passé pour des sorciers vendus

au diable et expié par une mort violente l'audace de leur génie ! Il a fallu, à l’origine, qu’une cause naturelle fût tout à fait flagrante pour pouvoir s'imposer : on ne concluait pas encore de prémisses quelconques. Comment l'aurait-on pu, quand il y avait si peu d'expérience dans le monde et si peu d'observations acquises ?

Lorsque de l’idée de force, — d’une force uniquement concrète, — l'esprit humain s’éleva à l’idée supérieure de cause, ce ne fut pas sous forme transcendante qu’il la conçut: la création, entendue dans le sens général qu’on attache d'ordinaire à ce mot, n’a été imaginée que fort tard par des abstracteurs de quintessences métaphysiques. La cause se posa tout naturellement d’abord comme source de production, quelque chose d’analogue au principe maternel. Généralisée, ce fut la grande mère universelle. Et comme, d’ailleurs, elle ne pouvait rien avoir encore d’idéal et qu’elle n'avait point été quintessenciée par les

abstracteurs que nous venons de dire, elle dut nécessaire ment paraître résider dans l'énergie génératrice de la Terre, assimilée à celle de la femme. C’est de la Terre, en effet, que tout paraît naître et provenir; c’est d'elle qu’émerge toute vie apparente, cette vie qui affecte directement les sens par les mouvements de la naissance, de la croissance, de la transformation et du renouvellement; c’est donc elle qui est la grande mère: prima deorum Tellus *. Et non-seulement elle est la productrice de tous les règnes de la nature, des plantes et des animaux, elle est encore la mère des dieux, qui, eux aussi, comme nous l’avons démontré dans les chapitres précédents, sont nés ainsi que tout le reste de la création. C’est de la nuit assimilée au centre terrestre qu'est sorti le jour, au milieu duquel se sont développés et ont grandi les dieux brillants de l’atmosphère. Dans toutes les mythologies, la lumière est issue des ténèbres : Apollon et Artémis sont les enfants de la sombre Latone. Terre et Nuit, centre chthonien et. sein maternel, tels sont les principes que l’on trouve à la naissance de l’idée de cause. Mais par cause, ainsi que nous le disions plus haut, il ne faut rien entendre d’abstrait. Le principe des choses fut un principe concret de génération. une simple matrice.

L'objet plus spécial de ce livre étant de poursuivre le développement de cette singulière idée dans l’humanité,. nous nous trouvons dès à présent sur le seuil d’une nou-. velle thèse. Notre dessein, dans ce qui suit, est de rechercher, en effet, en dehors de la spéculation philosophique et des cosmogonies plus ou moins savantes des théologues et des métaphysiciens, les forméisénsibles qu'affecta successivement la cause première ou, en d’autres termes, les. symboles dans lesquels elle prit corps. Mais disons tout de suite que ce que nous devons considérer, nous, comme des.

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